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Partout dans les médias, ce mot "victimaire" est à la mode. Les commentateurs de Cnews, reprennent en coeur le vocable, tout comme des membres de la droite dure. Scène de la vie quotidienne en 2021, Rokhaya Diallo fut accusée sur twitter de servir une "idéologie victimaire", suite à la publication par la journaliste d'une image "y'a bon Banania". Mais elle n'est pas la seule accusée de la sorte. Assa Traore aussi est régulièrement accusée de la même chose. Quand à Audrey Pulvar, on l'accuse maintenant de "racisme anti-blanc" !
On n'a jamais entendu Assa Traore (du moins pas que je sache) tenir des propos sur le colonialisme. Pourquoi alors répéter en toute occasion que ses propos relèvent d'une "idéologie "victimaire" ? Elle a seulement perdu son frère dans des conditions scandaleuses, qui révolteraient n'importe qui (1). Dire de ses propos qu'ils sont ceux d'une "idéologie victimaire" revient tout simplement à l'inviter à cesser de protester, et à se résigner à accepter les actes les plus contestables de la police.

Rokhaya Diallo, pub pour Banania, Assa Traore (photo AFP), Audrey Pulvar (Photo archives Bertrand GUAY/AFP)
Rokhaya Diallo c'est différent. Elle est journaliste, et elle s'est exprimée récemment de cette manière en parlant des français : "Tant qu’on les caresse dans le sens du poil et qu’on chante les louanges de la France, ils nous adorent.", accompagnant son Tweet de cette publicité ancienne pour Banania.
La forme peut certes laisser perplexe : qui est ce "ils" faisant une généralité de tous les français, et dont elle semble vouloir s'extraire elle-même ? Ce "ils" témoigne-t-il d'un "séparatisme" ? Certainement, mais pas un séparatisme "indigéniste" revanchard, comme veulent le faire croire certains. Il témoigne plutôt d'un séparatisme idéologique, de sa volonté de s'éloigner du courant nauséabond visant les personnes de couleurs (noires ou arabes) dans notre pays (0)
Que les partisans de Mrs Zemmour et Messiha se le disent, Rokhaya Diallo est française, et en tant que française, elle a parfaitement le Droit de s'exprimer sur le sujet en montrant cette image "y'abon banania" si ça lui chante. Et si on accuse R. Diallo de véhiculer une "idéologie victimaire" en faisant cela, alors il faut aussi accuser l'historien Pascal Blanchard, qui a très bien pu produire une telle image dans l'un de ses livres très critique sur la colonnisation. Pourquoi alors cette différence de traitement entre Mme Diallo, et Pascal Blanchard ?
La réponse est simple : c'est parce que Rokhaya Diallo est noire. On est alors en droit de se demander si ceux qui l'accusent de véhiculer une "idéologie victimaire" ne sont pas précisément CEUX QUI AIMERAIENT BIEN RESTAURER POUR CES PERSONNES DE COULEUR UN VERITABLE STATUT DE VICTIME, et pourquoi pas celui qui était le leur autrefois, lorsque des colons français les exploitaient sans vergogne; un statut hérité de l'esclavage, qui ne leur donnait ni le droit de vote, ni le droit de se plaindre, ni même le droit d'exprimer une opinion.
Quant à Audrey Pulvar, elle a eu le malheur de prononcer UNE PHRASE TABOU : "on peut lui demander (AU BLANC) de se taire" (2). Aussitôt prononcée, l'émotion fut à son comble ! LEVEE DE BOUCLIER INVRAISSEMBLABLE ET TOTALEMENT HORS DE PROPORTION de la part de gens qui ne révaient sans doute que de crier "NON MAIS ELLE SE CROIT OU CELLE LA !", mais qui, reculant devant cette ignominie, ont préfèré dénoncer plus consensuellement un "racisme à l'envers", et un "indigénisme abject"! (consensuel à ceci près que dans "l'indigénisme abject", on voit poindre "l'indigène abject" de la publicité pour BANANIA, dont la laideur témoigne du pire racisme.)
Tout cela montre que nous sommes en train de quitter la rationalité dans le choix et dans l'analyse des problèmes. La démagogie gagne la majorité de l'échiquier politique, ce qui fait craindre le pire pour la présidentielle de 2022. Allons-nous, nous aussi, connaître notre épisode Trump, ou pire encore, nous salir les mains dans des persécutions comme ont pu le faire autrefois les allemands ?
Vincent de Blois, le 17 04 2021
(0) Comment pourrait-elle dire "nous" au lieu de "ils", lorsque l'opinion dérive à ce point ? On ne peut tout de même pas demander aux personnes d'origine immigrée, de s'associer à une construction idéologique visant à la persécution des populations d'origine immigrées ! Car qui sont ceux qui l'accusent de la sorte ? justement des gens qui déclarent (je regroupe les catégories à dessein) mettre au pas ces "délinquants/terroristes/musulmans/noirs", et redonner la priorité nationale aux "français de souche/catholiques/intégrés/blancs".
(1) L'enquête du Monde a mis au jour quelques faits non sujets à interprêtation : Adama Traore, après une immobilisation au sol dans un appartement par 3 gendarmes, s'est ensuite uriné dessus dans la voiture de police qui le menait au commissariat. Arrivé au commissariat, on l'a alors extrait de la voiture, et il a été laissé allongé sur le ventre menotté dans le dos à demi inconscient ou déjà mort, au milieu de la cour en attendant l'arrivée des secours. (en plein soleil, il faisait très chaud ce jour là)
(2) Audrey Pulvar répondait sur la façon dont doivent s'organiser les groupes de paroles sur le racisme à l'UNEF : « s’il se trouve que vient à cet atelier une femme blanche, un homme blanc, il n’est pas question de la ou le jeter. En revanche, on peut lui demander de se taire, d’être spectateur ou spectatrice silencieux ».
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