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fin du travail,
environnement en vrac,
surveillance généralisée...
où nous emmène le capitalisme ?


Un autre monde est (im)possible...
imaginons-le !



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La fin du travail
(P Jorion, 2015)
Les jobs à la con (D. Graebber)
50% des jobs impactés d'ici 2040..(Scarpetta, ocde)
B. Tapie : "1 job sur 3 en moins dans 15 ans"
Whirlpool, ou l'immonde hypocrisie
du consentement à l'apartheid
14 juillet 2019
première rafle de pauvres ?
"Mort aux cons", le cri qui succède à "juden raus ?"
le retour de la milice ?
(tabassage de Mehdi K, rue de Berri, 1 dec 19)

Après la fin du travail des chevaux, la fin du travail humain. Faute de pouvoir lutter contre, que faire ?



La fin du travail humain succède peu à peu à la fin du travail animal... Robots... logiciels... intelligence artificielle... les emplois humains vont continuer à disparaître par millions, au bénéfice des détenteurs de capitaux qui financent ces technologies, et des firmes qui les développent. Impuissants devant l'émergence de cet 'APARTHEID SOCIAL', les peuples incrédules réagissent en cherchant des BOUCS EMISSAIRES.

Ce ne sont plus tellement les juifs, un "bouc émissaire" déjà usé jusqu'à la corde. D'autres 'têtes de turc' ont pris le relais :

  • Les politiques et le gouvernement, vendus à la solde des lobbies...c'est leur faute !...etc
  • Les banquiers et les financiers, qui s'en mettent plein les poches...c'est leur faute !
  • Les journalistes vendus de mèche avec les élites...c'est leur faute !
  • Les migrants de tous pays, qui viennent chercher du travail dans les pays riches... c'est leur faute !
  • Les climato-sceptiques, responsables du réchauffement climatique ... c'est leur faute !
  • Les braconniers orpailleurs sauvages, tueurs de rhinocéros, abatteurs de forêts...c'est leur faute !
  • les mangeurs de viande, les voyageurs en avion, les rouleurs en SUV,...c'est de leur faute !
  • Les fonctionnaires qui ont trop de vacances, les employés municipaux qui dorment,... c'est de leur faute !
  • Les chômeurs et autres profiteurs d'allocations, ou fraudeurs à la Sécurité Sociale...c'est leur faute !
  • Les délinquants et trafiquants...c'est leur faute !
  • Les algériens, les marocains, les mexicains, les philipins, les chinois, les vietnamiens, les polonais... c'est leur faute !
  • Les mécréants, qui s'opposent au port du voile, qui tolèrent la pornographie... c'est leur faute !
  • La déchéance morale, les gais, les lesbiennes, les travestis ... c'est leur faute !

On le constate, LES BOUCS EMISSAIRES SONT MAINTENANT LÉGION, ET CHACUN A LE SIEN, ce qui montre que quelque chose échappe à l'opinion, à qui il manque une EXPLICATION GLOBALE. LA FIN DU TRAVAIL HUMAIN EST CETTE EXPLICATION GLOBALE. Elle est sous nos yeux depuis 40 ans, et nous refusons de la voir, en trouvant toutes sortes de faux coupables. Voici quelques observations pour aider à le comprendre :

  • Les attentats terroristes de toutes sortes, suicides de chômeurs, suicides d'étudiants se multiplient (oisiveté propice à un sentiment de ne pas exister, à l'endoctrinement religieux, et à toutes sortes de fantasmes)
  • Les capitaux s'investissent dans ce qui est rentable. La délocalisation ou le remplacement du travail humain par des machines est rentable. (explique le chômage structurel en hausse, "l'ubérisation" du travail).
  • Personne n'attend faute d'emploi rémunéré d'en arriver à un dénuement total. (d'où les économie parallèles, le travail au noir, la délinquance, les gangs, les mafias, les traffics)
  • Ceux qui sont encore dans le travail "organisé" (les professeurs, les cheminaux) peuvent encore protester, les autres sont impuissants (explique les grèves, et la contestation des grèves par ceux qui ont perdu tout moyen de pression)
  • Les gouvernements successifs sont impuissants à changer le réel (la finance en position de force décide où elle investira du capital, et donc où des emplois seront créés)
  • L'argent public subventionne massivement l'activité(1), avec l'espoir de créer des emplois (déficit public français en constante augmentation depuis 1980)
  • Le travail salarié tend à devenir rare dans le monde. Il se concentre dans les pays où on peut le payer (émigration économique irrépréssible vers les pays riches)
  • L'environnement continue de se dégrader (le moins disant environnemental est de mise, quand il s'agit de parachuter l'activité quelque part)
  • Les capitaux surrabondants s'investissent de moins en moins dans l'économie réelle, sauf quand il s'agit de diminuer le coût du travail dans des activités existantes.
  • La concurrence s'exacerbe dans l'économie réelle, faisant diminuer les marges(conséquence de l'augmentation de la productivité, et du nombre excessif de producteurs)
  • Le travail disparaissant, faire des enfants est un moyen d'obtenir un complément de revenu. (explique la natalité forte dans notre pays, et le poids de l'URSAFF dans les charges sur le travail.)
  • Les "burn-outs" se multiplient (accroissement de la tension au travail, imputable à la peur du chômage)
  • La discrimination à l'embauche sur des critères de sexe ou de race ne diminue pas (imputable à la rareté du travail)
  • Les hommes politiques nationalistes ou extrêmistes progressent dans tous les pays, y compris en Allemagne, prétenduement en bonne santé économique (réaction épidermique face à la précarisation, et à l'augmentation des inégalités)
  • L'assurance chômage peine à équilibrer ses comptes. (s'explique par la disparition du travail structuré, au profit du travail indépendant, ubérisé, précaire...)
  • La publicité devient omniprésente dans tous les lieux de la vie : (pour le maintien de l'activité, l'Etat est prêt à sacrifier partiellement notre univers culturel)
  • L'Etat français endetté, est contraints de vendre les "bijoux de famille" . Autoroutes, FDJ, Aéroports de Paris...(Faute de ressources nouvelles pour les services publics).

Reste à imaginer quelque chose de NOUVEAU. C'est RISQUÉ, MAIS AVONS-NOUS LE CHOIX ?

De bonnes écoles, de bons hôpitaux, de bonnes infrastructures, de bons réseaux, de bons systèmes pour traiter les déchets....De tout cela, l'INDE PAR EXEMPLE EN A BIEN MOINS, et on sait les problèmes que ça lui pose. Ces services publics, ces infrastructures, elles nous sont acquises, et elles TÉMOIGNENT DONC DE NOTRE NIVEAU DE DÉVELOPPEMENT. Or si le travail humain doit disparaître(0), et si le marché persiste à demander des aides en échange de l'activité, nous serons peu à peu contraints d'y renoncer. Ne faudrait-il pas alors remettre immédiatement en question l'aide aux entreprises ? 140 milliards d'euros chaque année, sont consacrés à l'aide aux entreprises(1). Ce montant équivaut à plus de 10% de toutes les dépenses publiques dans notre pays, Sécurité Sociale comprise !(3). Plus de 2000 euros par personne et par an !, 8000 euros par an pour une famille de 4 personnes : de quoi se loger, et peut-être de se nourrir, pour les plus appauvris !

Ce montant colossal d'ARGENT PUBLIC pour l'aide aux entreprises en dit long sur la mutation en cours. NOUS VOULONS TRAVAILLER ET NOUS AIDONS LE MARCHÉ POUR CELA, mais le marché obéissant à la recherche du profit CHERCHE LE CONTRAIRE et octroie ce qu'il reste d'activité (et le peu de travail humain qui va avec) au plus offrant ! Voila la tragique situation dans laquelle nous sommes ! Est-il utile de mentionner, que l'ENVIRONNEMENT ne comptera jamais pour rien dans ce jeu ?

ET SI, AU LIEU DE RECHERCHER L'ACTIVITE ET LA CROISSANCE, L'ETAT SE RESIGNAIT A LA DISPARITION DU TRAVAIL HUMAIN ? ORGANISER LA SORTIE DE L'HOMME DU JEU, PLUTÔT QUE DE VOULOIR L'Y MAINTENIR A TOUT PRIX ?

Nous aurions des bénéfices certains à en retirer. Nous pourrions par exemple renoncer à la publicité, ce sont plus de 20 milliards d'euros par an payés par les consommateurs, en plus de la TVA, soit plus de 300 euros par personne et par an ! 1200 euros par an pour une famille de 4 personnes ! sans que cela nous apporte quoi que ce soit !

Le budget de la formation pourrait aussi être économisé. Si c'est à l'Etat d'organiser l'école, et de prélever dans l'économie des moyens pour cela, il n'a pas vocation à organiser la formation pour coller aux besoins des entreprises, dont les besoins de formation spécifiques sont en constantes évolution. Chaque année, ce sont 13 milliards qui sont consacrées aux formations de "pôle emploi", censées rendre les chômeurs "employables". Avec un dixième ce ce budget, on pourrait recruter des fonctionnaires spécialisés en Intelligence artificielle, pour lutter efficacement contre l'évasion fiscale (80 milliards par an).

Faisons les comptes : aide aux entreprises (140/an) + évasion fiscale (80/an) + publicité (20/an) + formations pôle emploi (13/an) = 253 milliards par an. (20 milliards de plus, et on atteint le PIB de 1973). Largement de quoi assurer logement, nourriture, et soins pour chaque habitant de ce pays. Et ce ne sont que les bénéfices DIRECTS, il y a aussi des bénéfices INDIRECTS, découlant de cette idée de "lâcher l'affaire" : moins de police, moins de surveilance, moins de maladies, moins d'activité, moins de routes, moins d'infrastructures, moins d'énergie, moins de crime, moins de prostitution, moins de traffic, moins d'aliénation, moins de divorces, moins de gens à la rue, moins d'emplois public bidon, moins de viols(3), moins de terrorisme, moins de co2, moins de déchets nucléaires, moins de surveillance...etc.

La question mérite au moins d'être posée...

(0) 50% des emplois d'aujourd'hui seront impactés en 2040, selon S. Scarpetta de l'OCDE (France Inter, 4 mai 2019).
(1) 140 milliards par an : chiffre donné par Gerald Darmanin, ministre du budget, dans cet article du Monde le 23 mai 2018.
(2) Total de dépenses publiques : 1300 milliards en 2017 (source : INSEE).
(3) Comment parler du viol, sans parler aussi de la "femme objet" promue par la publicité ?


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S'indigner ? Mais contre quoi ?

Autrefois, les nazis avaient un visage, une idéologie, on savait où les trouver. Aujourd’hui où est l’ennemi ?

A chaque époque ses illusions.

En 1940 culminait en Allemagne l’illusion criminelle que l’anéantissement des juifs et des tziganes permettrait l’avènement d’un homme nouveau.
En 1989 après une longue agonie, mourrait le rêve communiste, et l’idée que chacun pouvait se mettre généreusement au service d’un progrès collectif.

Et depuis l’effondrement du mur de Berlin, l’illusion que le marché veut notre bien à tous et qu’on peut lui faire confiance pour retrouver une société paisible et juste, semble vouloir perdurer…

Mais le doute s’installe. Quel est donc le mal qui gangrène la société ? Qui désigner du doigt, et qui abattre pour retrouver cette sorte de liberté que l’on pensait toucher du doigt à la fin des années 1970 ? Partout dans le monde, on commence à chercher des coupables, des gens qui seraient responsables du chômage, de la dégradation du climat, de la dégradation des mœurs…

Or l’histoire a déjà montré à quel point la recherche de boucs émissaires peut aveugler la raison, et altérer le jugement.
Aussi le plus urgent n’est pas de s’indigner, mais de tenter de comprendre comment, dans une société en paix et libre, où la quasi-totalité des citoyens n’est ni paresseuse, ni animée de mauvaises intentions, le jeu naturel du marché finit par produire du danger social.

Et puisque c’est un travail que les économistes ne font pas, c’est un citoyen ordinaire qui en fait la tentative, avant que cette incompréhension ne vienne fertiliser d’avantage ces idéologies nihilistes ou haineuses, et les extrémismes en tout genre.

Ce petit texte n’a pas d’autre ambition que de proposer un début d’explication. Le lecteur doit se sentir libre d’accepter ou d’en refuser l’idée principale, qui est que l’économie de marché est en train de trouver une limite. Il a été écrit sans arrière-pensée politique, dans le simple but d’exposer cette idée, et avec le souci constant d’en extirper tout dogmatisme.

Il ne proposera aucune solution. Son auteur espère ainsi marquer sa différence avec les propos péremptoires de nombreux économistes, qui n’ont pas l’air de douter de leur capacité à appréhender la totalité de l’activité humaine. Charge aux bons économistes, s’ils estiment que cela en vaut la peine, de venir en corriger les imperfections, d’en discuter la thèse, de l’améliorer, ou de la contester..



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La vertu écologique n'existe pas

Vincent Rey,  le 31 octobre 2017 (publié initialement sur le Blog de Paul Jorion)

Les appels à la « vertu écologique » ont beau être nombreux, la dégradation de l’environnement (0) suit son cours. Combien de temps nous reste-t-il, pour réaliser que la recherche de la vertu est un vœu pieux, en matière d’environnement comme en matière de santé ?

L’espoir de voir émerger un homme vertueux sera déçu. Chacun peut observer que l’Homme vertueux pour sa santé n’existe pas : on a beau connaître les bienfaits du sport et d’une alimentation équilibrée, l’obésité et le diabète progressent dans tous les pays industrialisés (1). L’Homme vertueux pour l’environnement se fera attendre tout autant car non seulement il ne s’agit pas de son intérêt personnel à court terme (2), mais de plus, l’intérêt collectif dont il s’agit est décalé dans le temps. À ces deux obstacles s’ajoute encore le fait que les invitations à enfreindre un comportement vertueux sont nombreuses, encouragées par les firmes, et même par les pouvoir publics. (3).

Face à cette situation périlleuse, il n’y a pas d’autre choix que de reprendre le contrôle de l’économie, une idée que refusent pourtant la plupart des économistes. La peur d’un retour au communisme y est sans doute pour quelque chose. Cet immobilisme, ainsi que l’imminence avérée du danger, contribuent à laisser se propager l’idée que « si chacun de nous ne fait pas un effort, nous risquons tous d’être anéantis ». Ce serait donc à chaque citoyen, de surveiller son activité, pour la rendre neutre pour l’environnement :

–      À lui de ne pas laisser ses appareils en veille, alors que les centrales gaspillent 70% de la chaleur dégagée par le combustible nucléaire.
–      À lui d’éteindre son moteur au feu rouge, alors que le gouvernement se donne 2 ans pour augmenter de 10 millions le nombre annuel de visiteurs internationaux (4) déjà très élevé.
–      À lui de trier ses déchets ménagers (moins de 10% du poids total des déchets produits, selon l’Ademe), pendant qu’une « prime à la casse », envoie des milliers de véhicules au pilon…
–      Etc.

Nous sommes obstinés, nous voulons « croire » en l’émergence d’une « vertu écologique globale », qui résulterait en quelque sorte, de la somme de nos « vertus écologiques individuelles » (5). Cette croyance est une illusion, et nous pouvons bien nous moquer de ces évangélistes américains, affirmant que « Dieu ne permettra pas l’extinction de l’Homme », cette croyance là n’est pas moins risible. Cependant, on comprend cette fuite : d’une part la perspective d’une terre « poubelle », telle qu’elle est imaginée dans le film « Blade Runner », nous est insupportable. Et d’autre part la concurrence libre nous a apporté tant de bienfaits depuis 2 siècles, que nous mettons du temps à admettre qu’elle travaille maintenant contre l’Homme, en développant le chômage, et la pollution.

Nous préférons « croire » ce que nous espérons, la survenue d’un Homme meilleur, quitte à occulter les mises en garde de plus en plus nombreuses des scientifiques (0). Une attitude de déni, comparable à celle d’un homme amoureux, refusant d’admettre qu’il n’est pas aimé en retour, faisant des offrandes (6), suppliant l’être aimé de l’épargner, l’insultant bientôt, furieux de son impuissance. Le plus tôt un tel Homme trouve en lui la force de renoncer à ses faux espoirs, le mieux c’est pour lui, même s’il doit avoir, en abandonnant ses illusions, l’impression de se couper un bras. Cet Homme vertueux n’existant pas, alors inutile de perdre du temps : il faut regarder en face la TOTALITÉ DE L’ACTIVITÉ HUMAINE, pour en analyser secteur par secteur, ce qui impacte l’environnement : une tâche immense, révolutionnant non seulement toute la structure des revenus, mais aussi toute la structure des souverainetés et des influences.

Cette perspective d’instabilité totale, justifie amplement nos hésitations, pour ne pas dire notre refus d’aller vers cet avenir inconnu. Ce serait pourtant l’honneur d’un peuple, d’oser se lancer dans une telle aventure. De l’entreprendre sans violence, et en évitant les écueils du passé que furent la recherche de la vertu de Robespierre, la revanche de classe en URSS, ou la mise au ban des intellectuels pendant la révolution culturelle chinoise. Une voie courageuse, héroïque même, telle que le fut jadis la Révolution Française. Et qui peut dire, si cela nous coûterait si cher ?

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(0) Selon le récent bulletin annuel de l’OMM (Organisation Mondiale Météorologique) « La dernière fois que la Terre a connu une teneur en CO2 comparable, c’était il y a 3 à 5 millions d’années : la température était de 2 à 3°C plus élevée et le niveau de la mer était supérieur de 10 à 20 mètres par rapport au niveau actuel ». http://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/rechauffement-climatique-il-n-y-a-jamais-eu-autant-de-co2-dans-l-atmosphere-selon-l-onu_2444106.html

(1) Selon l’OMS, il y avait 108 millions de diabétiques dans le monde en 1980, ils étaient 422 millions en 2016.

(2) Faut-il démontrer que l’intérêt particulier prévaut sur l’intérêt collectif ? Par exemple : « Je suis en retard pour aller au travail, je n’ai plus le temps d’y aller à vélo. » Que pèse alors cette minuscule contribution à la préservation de l’atmosphère face à la perspective d’un léger retard ? De même dans les Kolkhozes de l’ex-URSS, la réussite de la Révolution ne pesait pas lourd sur le moissonneur d’Ukraine, qui préférait regagner sa famille à l’heure prévue, même si un orage risquait de détruire la récolte.

(3) N’est ce pas encourager l’aliénation à la consommation, que d’autoriser la publicité sur les médias publics ? sur France Inter, la redevance sert maintenant en partie à la promotion d’Audi et de Citroën, alors qu’il était autrefois interdit de citer des marques.

(4) Le gouvernement Macron se donne 2 ans pour passer de 89 à 100 millions de touristes internationaux : https://www.lesechos.fr/26/07/2017/lesechos.fr/030467040469_tourisme—le-gouvernement-se-fixe–une-feuille-de-route–de-deux-ans.htm . Or selon J.-M. Jancovici, pour un voyage en long courrier, « chaque passager (…) émet autant de gaz à effet de serre que s’il était seul en grosse voiture sur la même distance ». Chaque touriste supplémentaire, chinois par exemple, émettrait donc pendant son voyage l’équivalent de 14000 km dans une grosse voiture. https://jancovici.com/transition-energetique/transports/faut-il-souhaiter-la-croissance-du-trafic-aerien/

(5) La vertu écologique globale, c’est un peu le « bout du tunnel » que voyait Raymond Barre en 1980, un point blanc au loin, qui ne cesse de s’éloigner. À la même époque, le Commandant Cousteau voyait l’avenir avec plus d’acuité lorsqu’il déclarait que « l’Humanité réussirait peut-être, à enfourcher une bicyclette ». Nous y sommes. (6) Les millions d’euros consacrés à la réintroduction des loups et des ours, et à l’implantation d’émetteurs sur la nageoire dorsale des saumons pour mieux pouvoir les suivre en hélicoptère, ne sont-elles pas des offrandes rédemptrices ? En somme-nous là, à offrir des brebis en sacrifice aux loups et aux ours, ou des heures d’hélicoptère, pour espérer acheter notre salut ? Est-ce que cela ne rappelle pas les indulgences, combattues en son temps par Martin Luther ?



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Tel un dinosaure, hypnotisé par sa propre météorite

Vincent Rey, le 08 01 2018

Quelle est la part humaine, et quelle est la part des cycles du soleil dans le réchauffement de l'atmosphère(1) ? on ne le sait toujours pas. Ce point, qui divise toujours les "carbone-croyants" du GIEC et les "carbone-sceptiques" n'a finalement que peu d'importance, à l'heure ou 15300 savants du monde entier  tentent d'avertir l'Homme, qu'il est sur une "trajectoire de collision" avec son environnement (2). Le réchauffement et l'acidification des océans sont là, et personne n'en conteste la rapidité, mortelle pour de nombreuses espèces.

Le réchauffement climatique n'est qu'un seul des problèmes auquel l'Homme doit faire face. Il y a aussi l'épuisement des ressources, le gaspillage et la production de déchets, tandis que l'absence de volonté collective pour changer de modèle économique, et la généralisation de ce modèle à la surface du globe, ne peuvent qu'accentuer ces tendances dans la durée. Des problèmes  sociaux très graves progressent aussi : chômage de masse, aggravation des inégalités, détérioration des conditions de travail, économies sous-terraines. Notre impuissance à les résoudre produit de la peur, du repli identitaire, du repli religieux, lorsque ce n'est pas la guerre, jetant des milliers de familles sur les routes, pour fuir un conflit ou l'indigence économique.

L'inquiétude grandit, et chaque homme à qui la vie laisse un peu de temps pour réfléchir, pense à ses enfants, et tente d’apercevoir le futur. On se met à l'écoute des intellectuels, et des savants, qui confrontent leurs vues(3). Le plus souvent, ces analyses laissent de côté les aspects économiques. Ou bien c'est encore pire : ils semblent se résigner aux conséquences destructrices de notre modèle de développement, avec le même immobilisme qu'un dinosaure observant sans comprendre dans le ciel, l'arrivée de la météorite qui va l'anéantir.

A quoi peut bien nous servir alors notre intelligence, si nous n'agissons pas plus pour notre survie, que ces gros lézards à cervelle d'oiseau qui nous ont précédés sur Terre ?

D'un stupéfiant pessimisme, Stephen Hawking estime que la terre en 2600 sera une "grosse boule de feu"(4). Les humains devront quitter le système solaire pour Proxima du Centaure, à 4 années lumière de la Terre. On est sidéré. Celui que l'on présente comme l'un des plus grands esprits de notre temps semble avoir renoncé à tout espoir de sauver l'Humanité, autrement que par ce départ précipité vers un autre système solaire. Il vous incite dès aujourd'hui, à financer son projet "breakthrough" (passer au travers). Amis terriens : ne tentez plus rien pour sauver la Terre : réservez dès maintenant à votre descendance un ticket pour Proxima du Centaure, car il n'y en aura sûrement pas pour tout le monde...

Le biologiste Joël de Rosnay refuse l'éventualité du collapse, que prônent, pense-t-il, des gens en quête de sensationnel. Il imagine un monde libéré de la question de l'énergie, avec une centrale solaire géante installée dans le Sahara, fournissant une énergie dé-carbonée au monde entier. Parallèlement, l'Homme s'est "augmenté", et en 2517, il profite de nouvelles possibilités de communication avec les plantes et les animaux. Un joli rêve de biologiste , que l'on peut ranger dans la catégorie des visions idylliques que nous avions de l'an 2000 : opulence, et oisiveté pour tout le monde, instruction, altruisme et générosité généralisée. L'an 2000 nous a déçu, est-il raisonnable de croire au paradis de 2517 ? : comment l'Homme pourrait-il devenir généreux, dans un contexte économique qui ne cesse de promouvoir la rivalité et le profit individuel, au dépens de presque tout le reste ?

L'économiste Jacques Attali (3) voit l'Homme du 26ème siècle en dehors de son enveloppe corporelle, et sa conscience libérée du corps n'est plus un attribut de la personne. Elle est devenue LA conscience humaine, une entité collective. L'Homme devient alors une sorte de figure divine, omniprésent, omniscient, unique et indivisible, détaché des plaisirs et des souffrance de la chair. Mais avant d'en arriver à ce stade désincarné, il devra, nous dit-il, passer par une "phase totalitaire" pour régler les soucis environnementaux ! L'ex-conseiller spécial de François Mitterrand n'aspire pas à l'arrivée au pouvoir de "Kmers Verts", certainement non, mais il invite à s'y résigner, comme s'il estimait que des forces incommensurables maintiennent l'activité humaine sur sa funeste trajectoire. Est-ce une sorte d'appel à une réaction politique, pour stopper la météorite environnementale, ou un terrible aveu d'impuissance ?

D'un pessimisme total, le professeur Guy McPherson a abandonné sa chaire de biologie à l'université d'Arizona (5), où il a enseigné pendant 20 ans. Pour lui, la fin de l'Homme est proche, il ne lui reste plus que quelques mois. Il décrit la civilisation comme un moteur thermique, dont il fait remonter l'existence au néolithique, dès que l'Homme s'est organisé pour l'élevage, et pour stocker le grain. Ses observations l'ont conduit à cesser toute activité, autre que celle d'avertir le monde de l'imminence de notre extinction.  Les espèces qui n'ont pas le temps de s'adapter au changement climatique meurent, et  l'Humanité à son tour s'éteindra à très court terme, lorsqu'elle ne pourra plus se nourrir. Une prévision qui ressemble fort à celle du film de science fiction "soleil vert" (12), dans lequel les hommes vieux sont incités à avancer leur décès, pour servir de nourriture aux plus jeunes, sous forme de tablettes de protéines. Pour McPherson, L'accélération de la température sur Terre est la conséquence inéluctable de la civilisation. Même un retour immédiat à un mode de vie écologiquement neutre, tel que, par exemple,  celui des indiens d'amérique, ne pourrait pas nous sauver, car l'abandon brutal de l'industrie priverait tout à coup l'atmosphère du rôle refroidissant des aérosols. On assisterait alors à une accélération soudaine de la température de l'atmosphère(6). L'ex professeur d'université ne voit aucune porte de sortie, pas même dans les solutions de géo-engineering (13), et il dénonce le silence dans lequel est en train de s'opérer la sixième extinction de masse, aussi bien dans les médias "mainstream", trop occupés à faire de l'argent et à vendre des illusions, que chez les scientifiques "mainstream", trop attachés au prestige de leur poste pour annoncer cette très mauvaise nouvelle.

Ne nous reste-t-il plus alors, qu'à faire le pari risqué que la totalité du réchauffement climatique est imputable aux cycles du soleil, pour espérer survivre à la "grosse boule de feu" évoquée par Hawking, ou à la sixième extinction de masse prédite par McPherson ?

Depuis quelques années, le monde de la technologie semble se mobiliser. Tous les jours, des start-ups "environnementales" font de nouvelles propositions, visant à diminuer l'impact humain sur l'environnement.  Les citoyens aussi se mobilisent, en prenant des initiatives, les jardins potagers se multiplient, et les appels à être vertueux pour la planète également. Malheureusement, cette volonté de chercher et d'inventer n'existe pas en Science économique, comme si le champ de cette discipline se considérait désormais en dehors de l'Histoire des hommes.

La résurgence actuelle des nationalismes, des régionalismes, et même les premières atteintes graves à la démocratie en Europe(8), devraient pourtant inviter les tenants de cette science à l'introspection. N'est-il pas contradictoire, pour les économistes, de reconnaître le rôle économique du traité de Versailles dans l'ascension du nazisme dans les années 30, et de ne pas voir aujourd'hui le rôle historique que peuvent jouer le chômage de masse et l'accroissement des inégalités ? Cette science, si c'en est vraiment une, ne devrait-elle pas foisonner de propositions pour enrayer ces phénomènes ? Mais non. En dehors de quelques analyses sonnant l'alerte, comme celles de l'américain Noam Chomsky, ou du belge Paul Jorion,  les dogmes de la libre-concurrence, de le croissance et de la productivité, demeurent inattaquables, quelles que soient leur conséquences néfastes, sociales et environnementales, et des médias sous contrôle(9) continuent de les promouvoir avec beaucoup de complaisance.

Inévitablement, le citoyen sous l'influence de cette propagande, se persuade que le monde dans lequel il vit, est le meilleur possible (10), et qu'il ne peut rien y changer. Chaque jour qui passe rend pourtant plus urgente la nécessité de se détacher de cette idée, si l'on veut éviter à la fois des dégâts irréversibles à l'environnement, et cette "phase totalitaire" évoquée par Jacques Attali, dont on observe déjà les prémisses : nationalismes, oppositions à la science et à la technologie, prosélytisme alimentaire, refus des vaccins, débuts d'appels à l'insurrection par des "minorités agissantes".

Tant que cette remise en question économique n'est pas faite, on en restera à la perspective sévère, si magnifiquement exprimée en quelques mots par l'anthropologiste et économiste Paul Jorion (11), pour exprimer ce cercle vicieux, dans lequel nous entraîne la concurrence : "LE DERNIER QUI S'EN VA, ETEINT LA LUMIERE".

(1) Les arguments de Vincent Courtillot, critiquant les analyses du GIEC :
(2) en 1992 déjà, 1700 chercheurs, dont une centaine de prix Nobel, avaient lancé l'avertissement d'une collision de l'Homme avec son environnement. Avertissement réitéré en 2017 par plus de 15 000 scientifiques de 184 pays dans la revue BioScience
(3) Jacques Attali, Joël de Rosnay, et Paul Jorion, imaginent l'Homme et la Terre en 2517
(4) Selon Hawking, "La Terre sera une grosse boule de feu d'ici 2600"
(5) Le professeur Guy McPherson assure que la sixième extinction sera irréversible dans quelques mois
(6) Une hypothèse que met en doute Vincent Courtillot, le réchauffement imputable au carbone suivrait peut-être une asymptote.
(7) Souvent peu populaires, comme la voiture à air comprimé de Guy Nègre, qui est zéro pollution, mais qui a des roues toute petites. Rien à voir avec l'audi Q7 :
(8) Atteintes à la séparation des pouvoirs en Pologne . Reporter sans frontières alerte contre les atteintes à la liberté de la presse dans le monde
(9) Contrôle financier des médias : selon le canard enchaîné, Bernard Arnault mécontent des révélations des Paradise Papers, priverait «Le Monde» de 600.000 euros de publicité (à lire sur 20 minutes.fr) . Pourquoi le ferait-il s'il considérait que l'effet est nul ?
(10) Vous doutez de l'influence exercée par les firmes sur l'opinion ? regardez "Cholestérol le grand bluff", documentaire de Anne Georget. Résumé par Sonia de Villers
(11) Le dernier qui s'en va étient la lumière. Editions Fayard
(12) La mort douce avant d'être changé en tablette de protéines. Soleil Vert, R Fleicher, 1973.


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Youkali, Kurt Weil, paroles de Roger Fernay (par le Trio Fauve, Angèle Chemin)

(...) Youkali, c'est l'espérance qui est au coeur de tous les humains, la délivrance que nous attendons tous pour demain (...)

Quel bel hymne cela ferait, pour tous les humains !

"C’est presque au bout du monde
Ma barque  vagabonde
Errant au gré de l’onde
M’y conduisit un jour
L’île est toute petite
Mais la fée qui l’habite
Gentiment nous invite
À en faire le tour

====
Youkali, c’est le pays de nos désirs
Youkali, c’est le bonheur, c’est le plaisir
Youkali, c’est la terre où l’on quitte tous les soucis
C’est, dans notre nuit, comme une éclaircie
L’étoile qu’on suit, c’est Youkali

====
Youkali, c’est le respect de tous les vœux échangés
Youkali, c’est le pays des beaux amours partagés
C’est l’espérance qui est au cœur de tous les humains
La délivrance que nous attendons tous pour demain

====
Youkali, c’est le pays de nos désirs
Youkali, c’est le bonheur, c’est le plaisir
Mais c’est un rêve, une folie
Il n’y a pas de Youkali
Mais c’est un rêve, une folie
Il n’y a pas de Youkali

====
Et la vie nous entraîne
Lassante, quotidienne
Mais la pauvre âme humaine
Cherchant partout l’oubli
A, pour quitter la terre
Su trouver le mystère
Où nos rêves se terrent
En quelque Youkali

====
Youkali, c’est le pays de nos désirs
Youkali, c’est le bonheur, c’est le plaisir
Youkali, c’est la terre où l’on quitte tous les soucis
C’est, dans notre nuit, comme une éclaircie
L’étoile qu’on suit, c’est Youkali

====
Youkali, c’est le respect de tous les voeux échangés
Youkali, c’est le pays des beaux amours partagés
C’est l’espérance qui est au cœur de tous les humains
La délivrance que nous attendons tous pour demain

====
Youkali, c’est le pays de nos désirs
Youkali, c’est le bonheur, c’est le plaisir
Mais c’est un rêve, une folie
Il n’y a pas de Youkali
Mais c’est un rêve, une folie
Il n’y a pas de Youkali"


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Méfaits de la concurrence

Vincent Rey le 12 01 2018

On se souvient qu'Apple avait été accusé de faire travailler des enfants dans ses usines, il y a quelques années. Aujourd'hui c'est Samsung, qui est accusé de la même chose dans ses usines de Chine.

N'est ce pas là le parfait exemple de la nocivité  sociale et environnementale de la concurrence ? Apple et Samsung vendent tous deux des smartphones haut de gamme, ils sont en concurrence, et cherchent donc à maximiser leur profits.

On comprend que pour l'un comme pour l'autre, la main d'oeuvre adolescente dans des pays à bas salaires est la plus apte à apprendre les bons gestes, la plus docile aussi, et sans doute la moins bien payée.

Celui des deux qui ne le ferait pas diminuerait ses bénéfices, et risquerait de perdre des parts de marché. La même chose pour toutes les entreprises, pour tous les travailleurs, pour la pollution des rivières, de la mer, des terres, et de l'atmosphère...

Une constitution économique pourrait interdire le travail des enfants. Et alors tout le monde serait plus heureux : les enfants iraient à l'école, au lieu de fabriquer des téléphones, des adultes les feraient à leur place, et Apple et Samsung resteraient à égalité sur leur marché. Le non respect de la constitution sur ce point leur fermerait le marché national.

Compliqué à faire ? Impossible ?

De telles mesures ne sont pas compliquées à prendre. Et si on le prétend, cela signe notre résignation à tous les excès du capitalisme.



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Intelligence artificielle de l'Ordinateur, angoisses métaphysiques de l'Homme...

Vincent Rey le 18 01 2018

Le 11 mai 1997 fut une date historique. Ce jour là, l'ordinateur "Deep Blue" battait aux échecs Garry Kasparov. Le joueur russe, conscient de ce qu'il symbolisait, sortit furieux de la rencontre, déclarant «Je pense qu'il est temps pour "Deep Blue" de jouer aux vrais échecs et je peux vous promettre à vous tous que si "Deep Blue" joue à la régulière, je vous le garantis, je le réduis en pièces». Mais que voulait vraiment dire Kasparov ?

Aux échecs comme au tennis, l'ascendant psychologique joue un rôle. Il est important de remporter le premier set au tennis. Aux échecs, c'est la même chose, celui qui remporte la première des 6 parties prend généralement un ascendant psychologique sur son adversaire.

Or, en 1997, "Deep Blue" a perdu la première partie, et pourtant, tout montre que c'est lui qui a pris l'ascendant psychologique sur Kasparov.  C'est sans doute que les ordinateurs ne sont pas des partenaires comme les autres...

Des analystes ont depuis décortiqué cette première partie. Au 44ème coup, un bug empêche "Deep Blue" de jouer (1) , il tourne en rond dans une boucle sans fin ! Le logiciel d'IBM exécute alors une procédure de sauvetage, ce qui le conduit à jouer aléatoirement. A la vue de ce coup inexplicable (2) Kasparov s'engage alors dans ce qu'on peut appeler une peur irrationnelle. Il prête à l'ordinateur des capacités d'invention qu'il n'a pas, et ce sentiment perdurera bien au delà de la première partie. Le champion russe est sans doute le premier homme dans l'Histoire, a avoir ressenti la peur de la singularité technologique (3). Une peur injustifiée en l’occurrence, puisque d'une part, il est sorti vainqueur de cette première partie, et d'autre part, parce que "Deep Blue" était réellement en difficulté, ne sachant que jouer...

A la deuxième partie, le mal était fait dans le cerveau de Kasparov. Alors qu'il tente d'attirer la Dame de "Deep Blue" derrière ses lignes en lui ouvrant la prise de pions, l'ordinateur, contre toute attente, ne tombe pas dans le piège (4), préférant  fermer le côté droit de l'échiquier à une contre-attaque, en avançant un fou. Une nouvelle fois, la raison de Kasparov vacille. Il ne peut croire que ce mouvement est le fruit d'un calcul, et soupçonne la présence d'un grand maître. Il commet ensuite une erreur en laissant passer la possibilité d'une partie nulle, ce qui semble montrer qu'il était déstabilisé. Quelques coups plus tard, il abandonne la partie.

Les trois parties suivantes donnent un résultat nul, laissant les protagonistes à égalité de victoires. A la sixième partie, Kasparov fait une erreur de débutant, ce qui le conduit bientôt à sacrifier sa Dame, puis à abandonner en seulement 19 coups. Pour la première fois, l'Homme se trouve  vaincu, dans ce qu'il pensait avoir de plus unique : l'intelligence.

Cet événement, survenu en 1997, portait déjà en germe certains aspects de nos rapports futurs avec l'Intelligence Artificielle.

A la frontière de la compréhension, nous avons une propension à croire en des forces obscures. Nous perdons une paire de lunettes, nous sommes certains de les avoir posées dans un endroit, et pourtant on ne les trouve nulle part. Lorsque toutes les explications rationnelles ont été explorées, des soupçons absurdes nous assaillent : "est-il possible qu'elles se soient volatilisées ? ou qu'on me les ait volées ?". Certainement Kasparov, au 44ème coup de la première partie,  a dû entrer en lutte contre sa propre propension à l'irrationalité. Pourtant,  "Deep blue"  n'a "bluffé" Kasparov que par accident, à la suite d' un bug (5). Le champion russe n' avait donc aucune de raison de soupçonner quoi que ce soit, dans la régularité de l'échange.

En 2018, Kasparov aurait eu de bonnes raison de soupçonner une véritable intelligence derrière l'ordinateur. La force de calcul n'est plus le seul atout des logiciels joueurs. Ils sont maintenant capables d'apprendre du comportement humain, et de s'entraîner en jouant des millions de parties contre eux-même. Le système "Libratus" (6), s'est imposé en 2017 sur 4 des meilleurs champions de poker. Il utilise un "algorithme adaptatif", basé sur la "minimisation du regret hypothétique". Il analysait aussi les "vraies" parties jouées contre des humains, pour affiner sa stratégie. A l'issue des 120 000 mains qui furent jouées par l'ordinateur, l'algorithme était tellement affûté, que le champion humain Dong Kim déclara "(...) Aujourd'hui, j'avais les mêmes sensations qu'en jouant contre un tricheur qui aurait vu mes cartes (...).  Dong Kim aurait-il lui aussi quitté la rationalité, pour croire en l'omniprésence de "Libratus" ?

Cette aptitude du cerveau humain à quitter le champ de la rationalité doit définir la frontière de ce que nous confierons à l'Intelligence Artificielle.

Dans le domaine scientifique, l'Intelligence Artificielle peut certainement nous apporter beaucoup. On pense en particulier, à la conception de modèles climatiques, capables de prédire avec précision l'avenir du climat, une chose impossible aujourd'hui. Dans le domaine de la santé, l'IA sera d'une grande utilité, elle effectue déjà des corrélations, qui seraient impossibles pour le cerveau humain, ce qui permettra certainement de détecter, voire de prévenir, l'arrivée de maladies (7).

En revanche, utiliser l'IA pour résoudre des problèmes politiques ou économiques, pourrait se révéler catastrophique. Aussitôt qu'une décision économique ou politique ne serait pas en faveur de tel ou tel groupe d'intérêt, des soupçons, ou des peurs irraisonnées, comparables à celle de Garry Kasparov émergeront. On se demandera quels intérêts sous-tendent les décisions de l'IA ("y,-a-t-il un grand maître derrière ?") ou bien on soupçonnera toutes sortes de complots. La compréhension de l'IA nous étant impossible, toutes les justifications que l'on pourra donner, ou les invitations à la confiance, ne serviront pas à grand chose...

Par ailleurs, il faudra veiller à ce que l'IA ne tombe pas pour de bon dans les mains de "grands maîtres" économiques. On a déjà une idée des problèmes que cela pourrait engendrer, avec l'Hyper-trading financier, ces machines capables d'effectuer des milliers de transactions par seconde. Avec des techniques comme le "layering", ou le "spoofing" (8), les ressources des ordinateurs sont déjà utilisées par les banques pour manipuler les cours. Avec l'IA, la tromperie des humains, ou des manipulations indétectables pourraient devenir monnaie courante. On pourrait par exemple redouter des ententes monopolistiques, organisées par les IA de plusieurs firmes (9). La révélation  de telles fraudes pourrait devenir impossible, car si les États ne disposent pas de moyens en IA à la hauteur des de ceux des puissantes entreprises qu'ils souhaitent contrôler, celles-ci pourront facilement dissimuler des choses au fisc et à la justice. Il est déjà difficile pour les états de lutter contre l'optimisation fiscale (10) des grandes firmes lorsqu'elles font appel à des cabinets d'avocats spécialisés. Ce problème ne peut que se renforcer avec l'IA.

Enfin, il ne faudra pas laisser l'IA avancer cachée, car si la compréhension humaine du monde devient impossible aux humains, cela pourrait avoir pour effet de favoriser l'essor de courants de pensée irrationnels, religieux ou obscurantistes, et ce serait aussi une grande menace, car n'est pas un ordinateur qui tiendra le bulletin de vote. Ne voit-on pas déjà les signes avant-coureurs de cette incompréhension, avec tous ces mouvements "anti-système" qui fleurissent de par le monde, des Philippines aux USAs, en passant par la Pologne ? Le point commun des ces mouvements, n'est-ce pas déjà l'incompréhension devant la complexité croissante du monde, et la précarité économique ? L'IA ne peut qu'amplifier cette incompréhension, et renforcer cette tendance.

L'IA pourrait-elle alors intégrer dans ses algorithmes, notre propension à l'angoisse devant l'inconnu, pour mieux parvenir à ses fins  ? Ce serait alors de deux choses l'une : ou bien l'Intelligence Artificielle ainsi augmentée deviendrait impuissante, car notre capacités à nous angoisser doit être à peu près infinie. Ou bien ce serait l'avènement d'une forme de totalitarisme protecteur. L'Intelligence Artificielle entrerait alors dans l'intimité de nos vies, pour nous faire éviter tous les écueils. L'intention serait bonne, mais n'aurions nous pas renoncé à la Liberté en entrant dans un tel univers ?

(1) le bug de "Deep Blue" au 44ème coup de la partie 1 de 1997

(2) La première des 6 parties Deep Blue - Kasparov de 1997

(3) La singularité technologique

(4) Deep blue ne tombe pas dans le piège de la partie 2

(5) Selon Murray Campbell, un des ingénieurs du projet Deep Blue, interviewé par Nate Silver dans son livre  The Signal and the Noise

(6) Auto-apprentissage et stratégie de Libratus

(7) l'IA au service de la maladie, Watson d'IBM

(8) Hyper-trading, Layering et spoofing, explications sur wikipedia

(9) De telles ententes entre firmes ont déjà été condamnées par le plus haut niveau de la justice. Pourquoi demain, se priveraient-elles de le dissimuler grâce à l'IA ? Selon l'autorité de la concurrence :   "De 1997 à 2003, ils (ndlr : Bouygues, Orange et SFR) ont procédé à des échanges d'informations stratégiques. De 2000 à 2002, ils se sont en outre réparti les parts de marché selon des objectifs qu'ils avaient négociés entre eux".

(10) Les États et les lois, ont toujours un temps de retard, dans la lutte contre l'optimisation fiscale. Pourquoi en serait-il autrement avec l'IA, lorsque celle-ci réclamera des moyens financiers encore plus importants ?



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Décroissane ? doutez-vous que l'Humanité pousse ?



À quoi servira d’avoir une voiture électrique, si elle est 10 fois plus grosse que l’ancienne ? L’effet sur l’environnement risque d’être nul…



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Terrorisme armé, terrorisme politique...

A l’heure où les attentats se multiplient dans tous les pays, des Etats-unis à la Turquie, en passant par l'Egypte,  la Norvège, le Canada, la France, l'Espagne,  etc , on peut se demander s’il n’existe pas une parenté entre le terrorisme armé et ces votes « contre l’establishment », qui se multiplient en Europe. Est-il si absurde, ce parallèle entre le meurtre sauvage, et l’action de déposer un bulletin dans l’urne, comme par exemple lors du vote pour le Brexit ?

L’absence de différence de méthode entre l’assassinat de la députée Jo Cox pendant la campagne du Brexit, et ceux par exemple de Mohamed Mehra, doit nous inviter à réfléchir. Les auteurs de ces meurtres ont presque toujours le point commun d’être soit des repentis du crime, soit des gens issus d’une grande précarité économique*, qui trouvent ainsi un moyen d’exister. Et qu’ils crient « Halah khacbar », ou « Britain first » en perpétrant leur crime, ne fait pas grande différence.

Le schéma mental du vote extrême est d’ordre similaire : lorsque des pans entiers de la population sont laissés pour compte, abandonnés à un sort économique tel qu’il leur nie toute existence sociale, on ne peut pas s’étonner que des pans entiers de l’électorat se détournent des voies traditionnelles de la politique, pour s’orienter vers des aventures collectives plus « exotiques ». En somme, l’électeur européen se dit de plus en plus fréquemment : « Puisque la société se moque de ma mort sociale ou économique depuis des décennies, je vais par mon vote montrer que je me moque à mon tour du déclin de la société », et l’œil larmoyant de Richard Branson, évoquant la non-création de 3000 emplois et la perte d’un tiers de la valeur du capital de ses sociétés, n’a pas ému davantage l’électeur engagé pour le « Leave », qui se savait peu « employable ». Il s'est dit plutôt « Mais qu’est ce que j’en ai à f…, moi, des profits et des emplois de Richard Branson ? ». Si l’on ne peut adhérer aux idées racistes ou antisémites que véhiculent ces partis, comment blâmer cet égoïsme, lorsqu’il règne dans toute la société ?

Les appels de M. Valls à faire preuve de résilience face au terrorisme, tout comme ses propos antérieurs – qu’il a tempérés depuis – estimant qu’il n’était pas nécessaire de comprendre le terrorisme, sont à ce titre, totalement « hors sol ». Comment ? Il faudrait accepter que de temps à autre, un peu comme dans le film « Brazil », une explosion dévaste un restaurant ou une gare à côté de chez soi, et accepter de continuer son chemin, comme si de rien n’était ? Invoquons plutôt l’urgence d’avoir un avis contraire : PLUS QUE JAMAIS, il est nécessaire de comprendre, à la fois ce qui mène au terrorisme, et ce qui dirige, en ce moment même, des pans entier de l’opinion publique vers ces partis extrémistes, souvent xénophobes et antisémites, et même en Allemagne, un pays pourtant marqué au fer rouge par ses errances idéologiques du passé, où l’on nous dit pourtant que le chômage a disparu ! Car si l’on ne doit rien espérer des règles du marché, ni du politique, pour réduire des inégalités sociales de plus en plus criantes dans la plupart des pays développés, il y a fort à parier que de plus en plus de gens, en perdant l’espoir de leur « devenir » social, emprunteront, quelquefois par conviction religieuse, écologique, ou autre, mais le plus souvent par dépit, des attitudes individuelles ou collectives pouvant conduire à de très graves destructions.

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* ou qui s’estiment pauvres, par le décalage qu’il y a, entre les aspirations qu’on a suscité chez eux , et la réalité de leur vie, ce qui revient au même. Le Crash de l’airbus de la German Wings, précipité contre une montage par son pilote, s’apparente aussi à un acte terroriste, dans son schéma mental, qui semble révéler le même type de dépit : "puisque je ne serai pas pilote à la prestigieuse compagnie Lufthansa, mais seulement sur la compagnie Low Cost German Wings, j’en ai plus rien à f… "

   
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