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fin du travail,
environnement en vrac,
surveillance généralisée...
où nous emmène le capitalisme ?


Un autre monde est (im)possible...
imaginons-le !



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La fin du travail
(P Jorion, 2015)
Les jobs à la con (D. Graebber)
50% des jobs impactés d'ici 2040..(Scarpetta, ocde)
Tapie:"1 job sur 3 supprimé
dans 15 ans" (à 47'41)
Whirlpool, ou l'apartheid social en marche
14 juillet 2019
première rafle de pauvres ?
"Mort aux cons", le cri qui succède à "juden raus ?"
le retour de la milice ?
(tabassage de Mehdi K, rue de Berri, 1 dec 19)
Fioloche (02/2015) : "en Europe, le montant de la fraude fiscale est 2 x supérieur à celui de la dette"

Après la fin du travail des chevaux, la fin du travail humain.



La fin du travail humain succède peu à peu à la fin du travail animal... Robots... logiciels... intelligence artificielle... les emplois humains vont continuer à disparaître par millions, au bénéfice des détenteurs de capitaux qui financent ces technologies, et des firmes qui les développent. Impuissants devant l'émergence silencieuse de cet 'APARTHEID SOCIAL', les peuples incrédules, peu à peu privés de revenus, réagissent en cherchant des BOUCS EMISSAIRES.

Ce ne sont plus tellement les juifs, un "bouc émissaire" déjà usé jusqu'à la corde. D'autres 'têtes de turc' ont pris le relais :

  • Les politiques et le gouvernement, vendus à la solde des lobbies...c'est leur faute !
  • Les banquiers et les financiers, qui s'en mettent plein les poches...c'est leur faute !
  • Les journalistes vendus de mèche avec les élites...c'est leur faute !
  • Les migrants de tous pays, qui viennent chercher du travail dans les pays riches... c'est leur faute !
  • Les climato-sceptiques, qui contestent le réchauffement climatique ... c'est leur faute !
  • Les braconniers orpailleurs sauvages, tueurs de rhinocéros, abatteurs de forêts...c'est leur faute !
  • Les mangeurs de viande, les voyageurs en avion, les rouleurs en SUV,...c'est de leur faute !
  • Les fonctionnaires qui ont trop de vacances, les employés municipaux qui dorment,... c'est de leur faute !
  • Les chômeurs, les profiteurs d'allocations, ou les fraudeurs à la Sécurité Sociale...c'est leur faute !
  • Les jeunes, qui ne veulent ou ne savent plus bosser...c'est leur faute !
  • Les délinquants et les trafiquants...c'est leur faute !
  • Les algériens, les marocains, les mexicains, les africains, les philipins, les chinois, les vietnamiens, les polonais... c'est leur faute !
  • Les chrétiens, les musulmans, les boudhistes, les juifs, les athées, les mécréants... c'est leur faute !
  • La déchéance morale, les gays, les lesbiennes, les travestis ... c'est leur faute !

On le constate, LES BOUCS EMISSAIRES SONT MAINTENANT LÉGION, ET CHACUN A LE SIEN, ce qui montre que QUELQUE CHOSE ECHAPPE A L'OPINION, à qui il manque une EXPLICATION GLOBALE.

LA FIN DU TRAVAIL HUMAIN EST CETTE EXPLICATION GLOBALE. Elle se poursuit sous nos yeux depuis 40 ans, et nous refusons de la voir, en trouvant toutes sortes de faux coupables. Voici quelques observations pour aider à le comprendre :

  • Les attentats terroristes de toutes sortes, et les attentats suicides se multiplient (oisiveté, incompréhension, ou sentiment de ne pas exister, propice à l'endoctrinement religieux, et à toutes sortes de fantasmes)
  • Les capitaux s'investissent dans ce qui est rentable. La délocalisation ou le remplacement du travail humain par des machines est rentable. (explique le chômage structurel en hausse, "l'ubérisation" du travail).
  • Personne n'attend faute d'emploi rémunéré d'en arriver à un dénuement total. (d'où les économie parallèles, le travail au noir, la délinquance, les gangs, les mafias, les traffics)
  • Ceux qui sont encore dans le travail "organisé" (les professeurs, les cheminaux) peuvent encore protester, les autres sont impuissants (explique les grèves, et la contestation des grèves par ceux qui ont perdu tout moyen de pression)
  • Les gouvernements successifs sont impuissants à changer le réel (le marché (et son bras armé la finance, décide où il doit investir, et donc où des emplois seront créés pour que ce soit le plus lucratif possible)
  • Les états les plus riches tentent d'attirer les capitaux, par des subventions ou des avantages (1), avec l'espoir de voir des emplois se créer. (dette publique en constante augmentation depuis 1980)
  • Les etats les plus pauvres incapables de fournir les mêmes avantages, n'attirent pas de capitaux, et ne sortent que péniblement du sous-développement, d'où une émigration économique irrépréssible vers les pays riches)
  • L'environnement continue de se dégrader, car ne rien faire (ou le moins possible) pour l'environnement est une des conditions pour rester concurrentiel. (le moins disant environnemental reste de mise, quand il s'agit d'installer une usine quelque part)
  • Les nouveaux besoins de masse étant devenus rares, les capitaux s'investissent de plus en plus dans la spéculation (98%) et de moins en moins dans l'économie réelle (2%).
  • La concurrence exacerbée fait diminuer les bénéfices dans l'économie réelle (nombre excessif de producteurs), engendre de la surproduction, et dissuade les banques de prêter.
  • Les capitaux sont enthousiastes lorsqu'il s'agit de financer des technologies capables de diminuer les coûts de production de biens et services existants. Et ils sont absents lorsqu'il s'agit de répondre à des besoins marginaux, ou de s'engager dans des secteurs d'activité exposés à une forte concurrence.
  • Le travail humain disparaissant, faire des enfants est un moyen d'obtenir un complément de revenu. (explique la natalité forte dans notre pays, et le poids de l'URSAFF dans les charges sur le travail.)
  • Les "burn-outs" et les dépressions se multiplient (accroissement de la tension au travail, imputable à la peur du chômage et augmentation de la consommation de psychotropes, )
  • La discrimination à l'embauche sur de multiples critères (sexe, race, beauté, enfants à charge, appartenance à un réseau, etc), et le chômage de masse la rend indétectable.
  • Les hommes politiques nationalistes ou extrêmistes progressent dans tous les pays, y compris en Allemagne, prétenduement en bonne santé économique (réaction épidermique face à la précarisation, et à l'augmentation des inégalités)
  • L'assurance chômage peine à équilibrer ses comptes. (s'explique par la disparition du travail structuré, au profit du travail indépendant, ubérisé, précaire...)
  • La publicité devient omniprésente dans tous les lieux de la vie : on renonce à la culture, à laquelle se substitue la publicité, productrice d'ignorance.
  • L'Etat français endetté, est contraints de vendre les "bijoux de famille" . Autoroutes, FDJ, Aéroports de Paris...(Faute de ressources nouvelles pour les services publics).

Reste à imaginer quelque chose de NOUVEAU. C'est RISQUÉ, MAIS AVONS-NOUS LE CHOIX ?

De bonnes écoles, de bons hôpitaux, de bonnes infrastructures, de bons réseaux, de bons systèmes pour traiter les déchets....De tout cela, l'INDE PAR EXEMPLE EN A BIEN MOINS, et chacun sait les problèmes que ça lui pose. Ces services publics, ces infrastructures, elles nous sont acquises, et elles TÉMOIGNENT DONC DE NOTRE NIVEAU DE DÉVELOPPEMENT. Or si le travail humain doit disparaître(0), et si le marché persiste à demander des aides publiques en échange de l'activité, nous serons peu à peu contraints d'y renoncer. Ne faudrait-il pas alors remettre immédiatement en question l'aide aux entreprises ? 140 milliards d'euros chaque année, sont consacrés à l'aide aux entreprises(1). Ce montant équivaut à plus de 10% de toutes les dépenses publiques dans notre pays, Sécurité Sociale comprise !(3). Plus de 2000 euros par personne et par an !, 8000 euros par an pour une famille de 4 personnes : de quoi se loger, et peut-être de se nourrir, pour les plus appauvris !

Ce montant colossal d'ARGENT PUBLIC pour l'aide aux entreprises en dit long sur la mutation en cours. NOUS VOULONS TRAVAILLER ET NOUS AIDONS MASSIVEMENT LE MARCHÉ POUR CELA PAR DE L'ARGENT PUBLIC, mais le marché obéissant à la recherche du profit CHERCHE LE CONTRAIRE, et octroie ce qu'il reste d'activité (et le peu de travail humain qui va avec) au plus offrant !

Voila le CERCLE VICIEUX PAUPERISANT ET TRAGIQUE dans lequel nous tournons en rond depuis 40 ans !
Est-il utile de mentionner, que l'ENVIRONNEMENT ne comptera jamais pour rien dans ce jeu ?

ET SI, AU LIEU DE RECHERCHER L'ACTIVITE ET LA CROISSANCE, L'ETAT SE RESIGNAIT A LA DISPARITION DU TRAVAIL HUMAIN ?

Organiser la sortie de l'Homme du jeu, plutôt que de vouloir l'y maintenir à tout prix, par le travail. Nous aurions des bénéfices certains à en retirer. Nous pourrions par exemple renoncer à la publicité, ce sont plus de 20 milliards d'euros par an payés par les consommateurs, en plus de la TVA, soit plus de 300 euros par personne et par an ! 1200 euros par an pour une famille de 4 personnes ! sans que cela nous apporte quoi que ce soit !

Le budget de la formation pourrait aussi être économisé. Si c'est à l'Etat d'organiser l'école, et de prélever dans l'économie des moyens pour cela, il n'a pas vocation à coller aux besoins de formation des entreprises, qui sont en constante évolution. Chaque année, ce sont 13 milliards d'argent public qui sont consacrées aux formations de "pôle emploi", censées rendre les chômeurs "employables". Avec un dixième ce ce budget, on pourrait recruter des fonctionnaires spécialisés en Intelligence artificielle, pour lutter efficacement contre l'évasion fiscale (80 milliards par an).

Faisons les comptes : aide aux entreprises (140/an) + évasion fiscale (80/an) + publicité (20/an) + formations pôle emploi (13/an) = 253 milliards par an. (20 milliards de plus, et on atteint le PIB de 1973). Largement de quoi assurer logement, nourriture, et soins pour chaque habitant de ce pays. Et ce ne sont que les bénéfices DIRECTS, il y a aussi des bénéfices INDIRECTS, découlant de cette idée de "lâcher l'affaire" : moins de police, moins de surveilance, moins de burn-out, moins de dépressions, moins de diabète, moins d'addictions à l'alcool, à la drogue, aux jeux, moins de routes, moins d'infrastructures, moins d'énergie consommée ou gaspillée, moins de déchets nucléaires, moins de crime, moins de prostitution, moins de traffic, moins de braconnage, moins d'orpaillage illégal, moins d'aliénation à la consommation, moins de banlieues délabrées, moins de divorces, moins de gens à la rue, moins de temps perdu à chercher du travail, moins de violence conjugale, moins d'emplois public bidon, moins de discrimination, moins de monde aux urgence, moins de terrorisme, moins d'opérations armées, moins de suicides, moins de co2, moins de surveillance...etc. Et parallèlement plus de temps à consacrer à l'éducation de ses enfants, à se rencontrer, à apprendre, à pratiquer les sports, à aider, à cuisiner, à jardiner, à embellir, à partager, à faire de la musique ou de la scupture, à bricoler... Voila ce que pourrait être un changement "systémique", ou une "refondation".

Certes, l'organisation d'un tel déséquilibre devra être progressif et réfléchi, et par certains aspects, elle peut sembler incompatible avec l'Union Européenne, mais la question mérite au moins d'être posée à l'heure où selon certains économiste (Emmanuel Lechypre), la crise du Covid-19 pourrait coûter 250 milliards d'euros aux contribuables français ...

(0) 50% des emplois d'aujourd'hui seront impactés en 2040, selon S. Scarpetta de l'OCDE (France Inter, 4 mai 2019).
(1) 140 milliards par an : chiffre donné par Gerald Darmanin, ministre du budget, dans cet article du Monde le 23 mai 2018. L'INSEE lui, reconnaissait 170 milliards de transfert en capital et subventions pour l'année 2016 (voir ci-dessous)
.


(2) Total de dépenses publiques : 1300 milliards en 2017 (source : INSEE).






 

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S'indigner ? Mais contre quoi ?

Autrefois, les nazis avaient un visage, une idéologie, on savait où les trouver. Aujourd’hui où est l’ennemi ?

A chaque époque ses illusions.

En 1940 culminait en Allemagne l’illusion criminelle que l’anéantissement des juifs et des tziganes permettrait l’avènement d’un homme nouveau.
En 1989 après une longue agonie, mourrait le rêve communiste, et l’idée que chacun pouvait se mettre généreusement au service d’un progrès collectif.

Et depuis l’effondrement du mur de Berlin, l’illusion que le marché veut notre bien à tous et qu’on peut lui faire confiance pour retrouver une société paisible et juste, semble vouloir perdurer…

Mais le doute s’installe. Quel est donc le mal qui gangrène la société ? Qui désigner du doigt, et qui abattre pour retrouver cette sorte de liberté que l’on pensait toucher du doigt à la fin des années 1970 ? Partout dans le monde, on commence à chercher des coupables, des gens qui seraient responsables du chômage, de la dégradation du climat, de la dégradation des mœurs…

Or l’histoire a déjà montré à quel point la recherche de boucs émissaires peut aveugler la raison, et altérer le jugement.
Aussi le plus urgent n’est pas de s’indigner, mais de tenter de comprendre comment, dans une société en paix et libre, où la quasi-totalité des citoyens n’est ni paresseuse, ni animée de mauvaises intentions, le jeu naturel du marché finit par produire du danger social.

Et puisque c’est un travail que les économistes ne font pas, c’est un citoyen ordinaire qui en fait la tentative, avant que cette incompréhension ne vienne fertiliser d’avantage ces idéologies nihilistes ou haineuses, et les extrémismes en tout genre.

Ce petit texte n’a pas d’autre ambition que de proposer un début d’explication. Le lecteur doit se sentir libre d’accepter ou d’en refuser l’idée principale, qui est que l’économie de marché est en train de trouver une limite. Il a été écrit sans arrière-pensée politique, dans le simple but d’exposer cette idée, et avec le souci constant d’en extirper tout dogmatisme.

Il ne proposera aucune solution. Son auteur espère ainsi marquer sa différence avec les propos péremptoires de nombreux économistes, qui n’ont pas l’air de douter de leur capacité à appréhender la totalité de l’activité humaine. Charge aux bons économistes, s’ils estiment que cela en vaut la peine, de venir en corriger les imperfections, d’en discuter la thèse, de l’améliorer, ou de la contester..



 

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La vertu écologique n'existe pas

Vincent Rey,  le 31 octobre 2017 (publié initialement sur le Blog de Paul Jorion)

Les appels à la « vertu écologique » ont beau être nombreux, la dégradation de l’environnement (0) suit son cours. Combien de temps nous reste-t-il, pour réaliser que la recherche de la vertu est un vœu pieux, en matière d’environnement comme en matière de santé ?

L’espoir de voir émerger un homme vertueux sera déçu. Chacun peut observer que l’Homme vertueux pour sa santé n’existe pas : on a beau connaître les bienfaits du sport et d’une alimentation équilibrée, l’obésité et le diabète progressent dans tous les pays industrialisés (1). L’Homme vertueux pour l’environnement se fera attendre tout autant car non seulement il ne s’agit pas de son intérêt personnel à court terme (2), mais de plus, l’intérêt collectif dont il s’agit est décalé dans le temps. À ces deux obstacles s’ajoute encore le fait que les invitations à enfreindre un comportement vertueux sont nombreuses, encouragées par les firmes, et même par les pouvoir publics. (3).

Face à cette situation périlleuse, il n’y a pas d’autre choix que de reprendre le contrôle de l’économie, une idée que refusent pourtant la plupart des économistes. La peur d’un retour au communisme y est sans doute pour quelque chose. Cet immobilisme, ainsi que l’imminence avérée du danger, contribuent à laisser se propager l’idée que « si chacun de nous ne fait pas un effort, nous risquons tous d’être anéantis ». Ce serait donc à chaque citoyen, de surveiller son activité, pour la rendre neutre pour l’environnement :

–      À lui de ne pas laisser ses appareils en veille, alors que les centrales gaspillent 70% de la chaleur dégagée par le combustible nucléaire.
–      À lui d’éteindre son moteur au feu rouge, alors que le gouvernement se donne 2 ans pour augmenter de 10 millions le nombre annuel de visiteurs internationaux (4) déjà très élevé.
–      À lui de trier ses déchets ménagers (moins de 10% du poids total des déchets produits, selon l’Ademe), pendant qu’une « prime à la casse », envoie des milliers de véhicules au pilon…
–      Etc.

Nous sommes obstinés, nous voulons « croire » en l’émergence d’une « vertu écologique globale », qui résulterait en quelque sorte, de la somme de nos « vertus écologiques individuelles » (5). Cette croyance est une illusion, et nous pouvons bien nous moquer de ces évangélistes américains, affirmant que « Dieu ne permettra pas l’extinction de l’Homme », cette croyance là n’est pas moins risible. Cependant, on comprend cette fuite : d’une part la perspective d’une terre « poubelle », telle qu’elle est imaginée dans le film « Blade Runner », nous est insupportable. Et d’autre part la concurrence libre nous a apporté tant de bienfaits depuis 2 siècles, que nous mettons du temps à admettre qu’elle travaille maintenant contre l’Homme, en développant le chômage, et la pollution.

Nous préférons « croire » ce que nous espérons, la survenue d’un Homme meilleur, quitte à occulter les mises en garde de plus en plus nombreuses des scientifiques (0). Une attitude de déni, comparable à celle d’un homme amoureux, refusant d’admettre qu’il n’est pas aimé en retour, faisant des offrandes (6), suppliant l’être aimé de l’épargner, l’insultant bientôt, furieux de son impuissance. Le plus tôt un tel Homme trouve en lui la force de renoncer à ses faux espoirs, le mieux c’est pour lui, même s’il doit avoir, en abandonnant ses illusions, l’impression de se couper un bras. Cet Homme vertueux n’existant pas, alors inutile de perdre du temps : il faut regarder en face la TOTALITÉ DE L’ACTIVITÉ HUMAINE, pour en analyser secteur par secteur, ce qui impacte l’environnement : une tâche immense, révolutionnant non seulement toute la structure des revenus, mais aussi toute la structure des souverainetés et des influences.

Cette perspective d’instabilité totale, justifie amplement nos hésitations, pour ne pas dire notre refus d’aller vers cet avenir inconnu. Ce serait pourtant l’honneur d’un peuple, d’oser se lancer dans une telle aventure. De l’entreprendre sans violence, et en évitant les écueils du passé que furent la recherche de la vertu de Robespierre, la revanche de classe en URSS, ou la mise au ban des intellectuels pendant la révolution culturelle chinoise. Une voie courageuse, héroïque même, telle que le fut jadis la Révolution Française. Et qui peut dire, si cela nous coûterait si cher ?

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(0) Selon le récent bulletin annuel de l’OMM (Organisation Mondiale Météorologique) « La dernière fois que la Terre a connu une teneur en CO2 comparable, c’était il y a 3 à 5 millions d’années : la température était de 2 à 3°C plus élevée et le niveau de la mer était supérieur de 10 à 20 mètres par rapport au niveau actuel ». http://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/rechauffement-climatique-il-n-y-a-jamais-eu-autant-de-co2-dans-l-atmosphere-selon-l-onu_2444106.html

(1) Selon l’OMS, il y avait 108 millions de diabétiques dans le monde en 1980, ils étaient 422 millions en 2016.

(2) Faut-il démontrer que l’intérêt particulier prévaut sur l’intérêt collectif ? Par exemple : « Je suis en retard pour aller au travail, je n’ai plus le temps d’y aller à vélo. » Que pèse alors cette minuscule contribution à la préservation de l’atmosphère face à la perspective d’un léger retard ? De même dans les Kolkhozes de l’ex-URSS, la réussite de la Révolution ne pesait pas lourd sur le moissonneur d’Ukraine, qui préférait regagner sa famille à l’heure prévue, même si un orage risquait de détruire la récolte.

(3) N’est ce pas encourager l’aliénation à la consommation, que d’autoriser la publicité sur les médias publics ? sur France Inter, la redevance sert maintenant en partie à la promotion d’Audi et de Citroën, alors qu’il était autrefois interdit de citer des marques.

(4) Le gouvernement Macron se donne 2 ans pour passer de 89 à 100 millions de touristes internationaux : https://www.lesechos.fr/26/07/2017/lesechos.fr/030467040469_tourisme—le-gouvernement-se-fixe–une-feuille-de-route–de-deux-ans.htm . Or selon J.-M. Jancovici, pour un voyage en long courrier, « chaque passager (…) émet autant de gaz à effet de serre que s’il était seul en grosse voiture sur la même distance ». Chaque touriste supplémentaire, chinois par exemple, émettrait donc pendant son voyage l’équivalent de 14000 km dans une grosse voiture. https://jancovici.com/transition-energetique/transports/faut-il-souhaiter-la-croissance-du-trafic-aerien/

(5) La vertu écologique globale, c’est un peu le « bout du tunnel » que voyait Raymond Barre en 1980, un point blanc au loin, qui ne cesse de s’éloigner. À la même époque, le Commandant Cousteau voyait l’avenir avec plus d’acuité lorsqu’il déclarait que « l’Humanité réussirait peut-être, à enfourcher une bicyclette ». Nous y sommes. (6) Les millions d’euros consacrés à la réintroduction des loups et des ours, et à l’implantation d’émetteurs sur la nageoire dorsale des saumons pour mieux pouvoir les suivre en hélicoptère, ne sont-elles pas des offrandes rédemptrices ? En somme-nous là, à offrir des brebis en sacrifice aux loups et aux ours, ou des heures d’hélicoptère, pour espérer acheter notre salut ? Est-ce que cela ne rappelle pas les indulgences, combattues en son temps par Martin Luther ?



 

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Tel un dinosaure, hypnotisé par sa propre météorite



Vincent Rey, le 08 01 2018

Quelle est la part humaine, et quelle est la part des cycles du soleil dans le réchauffement de l'atmosphère(1) ? on ne le sait toujours pas. Ce point, qui divise toujours les "carbone-croyants" du GIEC et les "carbone-sceptiques" n'a finalement que peu d'importance, à l'heure ou 15300 savants du monde entier  tentent d'avertir l'Homme, qu'il est sur une "trajectoire de collision" avec son environnement (2). Le réchauffement et l'acidification des océans sont là, et personne n'en conteste la rapidité, mortelle pour de nombreuses espèces.

Le réchauffement climatique n'est qu'un seul des problèmes auquel l'Homme doit faire face. Il y a aussi l'épuisement des ressources, le gaspillage et la production de déchets, tandis que l'absence de volonté collective pour changer de modèle économique, et la généralisation de ce modèle à la surface du globe, ne peuvent qu'accentuer ces tendances dans la durée. Des problèmes  sociaux très graves progressent aussi : chômage de masse, aggravation des inégalités, détérioration des conditions de travail, économies sous-terraines. Notre impuissance à les résoudre produit de la peur, du repli identitaire, du repli religieux, lorsque ce n'est pas la guerre, jetant des milliers de familles sur les routes, pour fuir un conflit ou l'indigence économique.

L'inquiétude grandit, et chaque homme à qui la vie laisse un peu de temps pour réfléchir, pense à ses enfants, et tente d’apercevoir le futur. On se met à l'écoute des intellectuels, et des savants, qui confrontent leurs vues(3). Le plus souvent, ces analyses laissent de côté les aspects économiques. Ou bien c'est encore pire : ils semblent se résigner aux conséquences destructrices de notre modèle de développement, avec le même immobilisme qu'un dinosaure observant sans comprendre dans le ciel, l'arrivée de la météorite qui va l'anéantir.

A quoi peut bien nous servir alors notre intelligence, si nous n'agissons pas plus pour notre survie, que ces gros lézards à cervelle d'oiseau qui nous ont précédés sur Terre ?

D'un stupéfiant pessimisme, Stephen Hawking estime que la terre en 2600 sera une "grosse boule de feu"(4). Les humains devront quitter le système solaire pour Proxima du Centaure, à 4 années lumière de la Terre. On est sidéré. Celui que l'on présente comme l'un des plus grands esprits de notre temps semble avoir renoncé à tout espoir de sauver l'Humanité, autrement que par ce départ précipité vers un autre système solaire. Il vous incite dès aujourd'hui, à financer son projet "breakthrough" (passer au travers). Amis terriens : ne tentez plus rien pour sauver la Terre : réservez dès maintenant à votre descendance un ticket pour Proxima du Centaure, car il n'y en aura sûrement pas pour tout le monde...

Le biologiste Joël de Rosnay refuse l'éventualité du collapse, que prônent, pense-t-il, des gens en quête de sensationnel. Il imagine un monde libéré de la question de l'énergie, avec une centrale solaire géante installée dans le Sahara, fournissant une énergie dé-carbonée au monde entier. Parallèlement, l'Homme s'est "augmenté", et en 2517, il profite de nouvelles possibilités de communication avec les plantes et les animaux. Un joli rêve de biologiste , que l'on peut ranger dans la catégorie des visions idylliques que nous avions de l'an 2000 : opulence, et oisiveté pour tout le monde, instruction, altruisme et générosité généralisée. L'an 2000 nous a déçu, est-il raisonnable de croire au paradis de 2517 ? : comment l'Homme pourrait-il devenir généreux, dans un contexte économique qui ne cesse de promouvoir la rivalité et le profit individuel, au dépens de presque tout le reste ?

L'économiste Jacques Attali (3) voit l'Homme du 26ème siècle en dehors de son enveloppe corporelle, et sa conscience libérée du corps n'est plus un attribut de la personne. Elle est devenue LA conscience humaine, une entité collective. L'Homme devient alors une sorte de figure divine, omniprésent, omniscient, unique et indivisible, détaché des plaisirs et des souffrance de la chair. Mais avant d'en arriver à ce stade désincarné, il devra, nous dit-il, passer par une "phase totalitaire" pour régler les soucis environnementaux ! L'ex-conseiller spécial de François Mitterrand n'aspire pas à l'arrivée au pouvoir de "Kmers Verts", certainement non, mais il invite à s'y résigner, comme s'il estimait que des forces incommensurables maintiennent l'activité humaine sur sa funeste trajectoire. Est-ce une sorte d'appel à une réaction politique, pour stopper la météorite environnementale, ou un terrible aveu d'impuissance ?

D'un pessimisme total, le professeur Guy McPherson a abandonné sa chaire de biologie à l'université d'Arizona (5), où il a enseigné pendant 20 ans. Pour lui, la fin de l'Homme est proche, il ne lui reste plus que quelques mois. Il décrit la civilisation comme un moteur thermique, dont il fait remonter l'existence au néolithique, dès que l'Homme s'est organisé pour l'élevage, et pour stocker le grain. Ses observations l'ont conduit à cesser toute activité, autre que celle d'avertir le monde de l'imminence de notre extinction.  Les espèces qui n'ont pas le temps de s'adapter au changement climatique meurent, et  l'Humanité à son tour s'éteindra à très court terme, lorsqu'elle ne pourra plus se nourrir. Une prévision qui ressemble fort à celle du film de science fiction "soleil vert" (12), dans lequel les hommes vieux sont incités à avancer leur décès, pour servir de nourriture aux plus jeunes, sous forme de tablettes de protéines. Pour McPherson, L'accélération de la température sur Terre est la conséquence inéluctable de la civilisation. Même un retour immédiat à un mode de vie écologiquement neutre, tel que, par exemple,  celui des indiens d'amérique, ne pourrait pas nous sauver, car l'abandon brutal de l'industrie priverait tout à coup l'atmosphère du rôle refroidissant des aérosols. On assisterait alors à une accélération soudaine de la température de l'atmosphère(6). L'ex professeur d'université ne voit aucune porte de sortie, pas même dans les solutions de géo-engineering (13), et il dénonce le silence dans lequel est en train de s'opérer la sixième extinction de masse, aussi bien dans les médias "mainstream", trop occupés à faire de l'argent et à vendre des illusions, que chez les scientifiques "mainstream", trop attachés au prestige de leur poste pour annoncer cette très mauvaise nouvelle.

Ne nous reste-t-il plus alors, qu'à faire le pari risqué que la totalité du réchauffement climatique est imputable aux cycles du soleil, pour espérer survivre à la "grosse boule de feu" évoquée par Hawking, ou à la sixième extinction de masse prédite par McPherson ?

Depuis quelques années, le monde de la technologie semble se mobiliser. Tous les jours, des start-ups "environnementales" font de nouvelles propositions, visant à diminuer l'impact humain sur l'environnement.  Les citoyens aussi se mobilisent, en prenant des initiatives, les jardins potagers se multiplient, et les appels à être vertueux pour la planète également. Malheureusement, cette volonté de chercher et d'inventer n'existe pas en Science économique, comme si le champ de cette discipline se considérait désormais en dehors de l'Histoire des hommes.

La résurgence actuelle des nationalismes, des régionalismes, et même les premières atteintes graves à la démocratie en Europe(8), devraient pourtant inviter les tenants de cette science à l'introspection. N'est-il pas contradictoire, pour les économistes, de reconnaître le rôle économique du traité de Versailles dans l'ascension du nazisme dans les années 30, et de ne pas voir aujourd'hui le rôle historique que peuvent jouer le chômage de masse et l'accroissement des inégalités ? Cette science, si c'en est vraiment une, ne devrait-elle pas foisonner de propositions pour enrayer ces phénomènes ? Mais non. En dehors de quelques analyses sonnant l'alerte, comme celles de l'américain Noam Chomsky, ou du belge Paul Jorion,  les dogmes de la libre-concurrence, de le croissance et de la productivité, demeurent inattaquables, quelles que soient leur conséquences néfastes, sociales et environnementales, et des médias sous contrôle(9) continuent de les promouvoir avec beaucoup de complaisance.

Inévitablement, le citoyen sous l'influence de cette propagande, se persuade que le monde dans lequel il vit, est le meilleur possible (10), et qu'il ne peut rien y changer. Chaque jour qui passe rend pourtant plus urgente la nécessité de se détacher de cette idée, si l'on veut éviter à la fois des dégâts irréversibles à l'environnement, et cette "phase totalitaire" évoquée par Jacques Attali, dont on observe déjà les prémisses : nationalismes, oppositions à la science et à la technologie, prosélytisme alimentaire, refus des vaccins, débuts d'appels à l'insurrection par des "minorités agissantes".

Tant que cette remise en question économique n'est pas faite, on en restera à la perspective sévère, si magnifiquement exprimée en quelques mots par l'anthropologiste et économiste Paul Jorion (11), pour exprimer ce cercle vicieux, dans lequel nous entraîne la concurrence : "LE DERNIER QUI S'EN VA, ETEINT LA LUMIERE".

(1) Les arguments de Vincent Courtillot, critiquant les analyses du GIEC :
(2) en 1992 déjà, 1700 chercheurs, dont une centaine de prix Nobel, avaient lancé l'avertissement d'une collision de l'Homme avec son environnement. Avertissement réitéré en 2017 par plus de 15 000 scientifiques de 184 pays dans la revue BioScience
(3) Jacques Attali, Joël de Rosnay, et Paul Jorion, imaginent l'Homme et la Terre en 2517
(4) Selon Hawking, "La Terre sera une grosse boule de feu d'ici 2600"
(5) Le professeur Guy McPherson assure que la sixième extinction sera irréversible dans quelques mois
(6) Une hypothèse que met en doute Vincent Courtillot, le réchauffement imputable au carbone suivrait peut-être une asymptote.
(7) Souvent peu populaires, comme la voiture à air comprimé de Guy Nègre, qui est zéro pollution, mais qui a des roues toute petites. Rien à voir avec l'audi Q7 :
(8) Atteintes à la séparation des pouvoirs en Pologne . Reporter sans frontières alerte contre les atteintes à la liberté de la presse dans le monde
(9) Contrôle financier des médias : selon le canard enchaîné, Bernard Arnault mécontent des révélations des Paradise Papers, priverait «Le Monde» de 600.000 euros de publicité (à lire sur 20 minutes.fr) . Pourquoi le ferait-il s'il considérait que l'effet est nul ?
(10) Vous doutez de l'influence exercée par les firmes sur l'opinion ? regardez "Cholestérol le grand bluff", documentaire de Anne Georget. Résumé par Sonia de Villers
(11) Le dernier qui s'en va étient la lumière. Editions Fayard
(12) La mort douce avant d'être changé en tablette de protéines. Soleil Vert, R Fleicher, 1973.


 

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Youkali, Kurt Weil, paroles de Roger Fernay (par le Trio Fauve, Angèle Chemin)

(...) Youkali, c'est l'espérance qui est au coeur de tous les humains, la délivrance que nous attendons tous pour demain (...)



Quel bel hymne cela ferait, pour tous les humains !

"C’est presque au bout du monde
Ma barque  vagabonde
Errant au gré de l’onde
M’y conduisit un jour
L’île est toute petite
Mais la fée qui l’habite
Gentiment nous invite
À en faire le tour


Youkali, c’est le pays de nos désirs
Youkali, c’est le bonheur, c’est le plaisir
Youkali, c’est la terre où l’on quitte tous les soucis
C’est, dans notre nuit, comme une éclaircie
L’étoile qu’on suit, c’est Youkali


Youkali, c’est le respect de tous les vœux échangés
Youkali, c’est le pays des beaux amours partagés
C’est l’espérance qui est au cœur de tous les humains
La délivrance que nous attendons tous pour demain


Youkali, c’est le pays de nos désirs
Youkali, c’est le bonheur, c’est le plaisir
Mais c’est un rêve, une folie
Il n’y a pas de Youkali
Mais c’est un rêve, une folie
Il n’y a pas de Youkali


Et la vie nous entraîne
Lassante, quotidienne
Mais la pauvre âme humaine
Cherchant partout l’oubli
A, pour quitter la terre
Su trouver le mystère
Où nos rêves se terrent
En quelque Youkali


Youkali, c’est le pays de nos désirs
Youkali, c’est le bonheur, c’est le plaisir
Youkali, c’est la terre où l’on quitte tous les soucis
C’est, dans notre nuit, comme une éclaircie
L’étoile qu’on suit, c’est Youkali


Youkali, c’est le respect de tous les voeux échangés
Youkali, c’est le pays des beaux amours partagés
C’est l’espérance qui est au cœur de tous les humains
La délivrance que nous attendons tous pour demain


Youkali, c’est le pays de nos désirs
Youkali, c’est le bonheur, c’est le plaisir
Mais c’est un rêve, une folie
Il n’y a pas de Youkali
Mais c’est un rêve, une folie
Il n’y a pas de Youkali"


 

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La concurrence est-elle "écologie-compatible" ?

Vincent Rey le 12 01 2018

On se souvient qu'Apple avait été accusé de faire travailler des enfants dans ses usines, il y a quelques années. Aujourd'hui c'est Samsung, qui est accusé de la même chose dans ses usines de Chine.

N'est ce pas là le parfait exemple de la nocivité  sociale et environnementale de la concurrence ? Apple et Samsung vendent tous deux des smartphones haut de gamme, ils sont en concurrence, et cherchent donc à maximiser leur profits.

On comprend que pour l'un comme pour l'autre, la main d'oeuvre adolescente dans des pays à bas salaires est la plus apte à apprendre les bons gestes, la plus docile, et aussi la meilleur marché.

Celui des deux qui ne ferait pas appel à cette main d'oeuvre diminuerait ses bénéfices, et risquerait de perdre des parts de marché.

La même chose pour toutes les entreprises, pour tous les travailleurs, pour la pollution des rivières, de la mer, des terres, et de l'atmosphère...

Une constitution économique pourrait interdire le travail des enfants, et protéger l'environnement. Et alors tout le monde serait plus heureux : les enfants iraient à l'école, au lieu de fabriquer des téléphones, des adultes les feraient à leur place, et Apple et Samsung resteraient à égalité sur leur marché. Le non respect de notre constitution sur ce point leur fermerait le marché national.

Compliqué à faire ? Impossible ?

De telles mesures ne sont pas compliquées à prendre. Et si on continue à le prétendre, cela signe notre résignation à tous les excès du capitalisme.



 

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Intelligence artificielle de l'Ordinateur, angoisses métaphysiques de l'Homme...

Vincent Rey le 18 01 2018

Le 11 mai 1997 fut une date historique. Ce jour là, l'ordinateur "Deep Blue" battait aux échecs Garry Kasparov. Le joueur russe, conscient de ce qu'il symbolisait, sortit furieux de la rencontre, déclarant «Je pense qu'il est temps pour "Deep Blue" de jouer aux vrais échecs et je peux vous promettre à vous tous que si "Deep Blue" joue à la régulière, je vous le garantis, je le réduis en pièces». Mais que voulait vraiment dire Kasparov ?

Aux échecs comme au tennis, l'ascendant psychologique joue un rôle. Il est important de remporter le premier set au tennis. Aux échecs, c'est la même chose, celui qui remporte la première des 6 parties prend généralement un ascendant psychologique sur son adversaire.

Or, en 1997, "Deep Blue" a perdu la première partie, et pourtant, tout montre que c'est lui qui a pris l'ascendant psychologique sur Kasparov.  C'est sans doute que les ordinateurs ne sont pas des partenaires comme les autres...

Des analystes ont depuis décortiqué cette première partie. Au 44ème coup, un bug empêche "Deep Blue" de jouer (1) , il tourne en rond dans une boucle sans fin ! Le logiciel d'IBM exécute alors une procédure de sauvetage, ce qui le conduit à jouer aléatoirement. A la vue de ce coup inexplicable (2) Kasparov s'engage alors dans ce qu'on peut appeler une peur irrationnelle. Il prête à l'ordinateur des capacités d'invention qu'il n'a pas, et ce sentiment perdurera bien au delà de la première partie. Le champion russe est sans doute le premier homme dans l'Histoire, a avoir ressenti la peur de la singularité technologique (3). Une peur injustifiée en l’occurrence, puisque d'une part, il est sorti vainqueur de cette première partie, et d'autre part, parce que "Deep Blue" était réellement en difficulté, ne sachant que jouer...

A la deuxième partie, le mal était fait dans le cerveau de Kasparov. Alors qu'il tente d'attirer la Dame de "Deep Blue" derrière ses lignes en lui ouvrant la prise de pions, l'ordinateur, contre toute attente, ne tombe pas dans le piège (4), préférant  fermer le côté droit de l'échiquier à une contre-attaque, en avançant un fou. Une nouvelle fois, la raison de Kasparov vacille. Il ne peut croire que ce mouvement est le fruit d'un calcul, et soupçonne la présence d'un grand maître. Il commet ensuite une erreur en laissant passer la possibilité d'une partie nulle, ce qui semble montrer qu'il était déstabilisé. Quelques coups plus tard, il abandonne la partie.

Les trois parties suivantes donnent un résultat nul, laissant les protagonistes à égalité de victoires. A la sixième partie, Kasparov fait une erreur de débutant, ce qui le conduit bientôt à sacrifier sa Dame, puis à abandonner en seulement 19 coups. Pour la première fois, l'Homme se trouve  vaincu, dans ce qu'il pensait avoir de plus unique : l'intelligence.

Cet événement, survenu en 1997, portait déjà en germe certains aspects de nos rapports futurs avec l'Intelligence Artificielle.

A la frontière de la compréhension, nous avons une propension à croire en des forces obscures. Nous perdons une paire de lunettes, nous sommes certains de les avoir posées dans un endroit, et pourtant on ne les trouve nulle part. Lorsque toutes les explications rationnelles ont été explorées, des soupçons absurdes nous assaillent : "est-il possible qu'elles se soient volatilisées ? ou qu'on me les ait volées ?". Certainement Kasparov, au 44ème coup de la première partie,  a dû entrer en lutte contre sa propre propension à l'irrationalité. Pourtant,  "Deep blue"  n'a "bluffé" Kasparov que par accident, à la suite d' un bug (5). Le champion russe n' avait donc aucune de raison de soupçonner quoi que ce soit, dans la régularité de l'échange.

En 2018, Kasparov aurait eu de bonnes raison de soupçonner une véritable intelligence derrière l'ordinateur. La force de calcul n'est plus le seul atout des logiciels joueurs. Ils sont maintenant capables d'apprendre du comportement humain, et de s'entraîner en jouant des millions de parties contre eux-même. Le système "Libratus" (6), s'est imposé en 2017 sur 4 des meilleurs champions de poker. Il utilise un "algorithme adaptatif", basé sur la "minimisation du regret hypothétique". Il analysait aussi les "vraies" parties jouées contre des humains, pour affiner sa stratégie. A l'issue des 120 000 mains qui furent jouées par l'ordinateur, l'algorithme était tellement affûté, que le champion humain Dong Kim déclara "(...) Aujourd'hui, j'avais les mêmes sensations qu'en jouant contre un tricheur qui aurait vu mes cartes (...).  Dong Kim aurait-il lui aussi quitté la rationalité, pour croire en l'omniprésence de "Libratus" ?

Cette aptitude du cerveau humain à quitter le champ de la rationalité doit définir la frontière de ce que nous confierons à l'Intelligence Artificielle.

Dans le domaine scientifique, l'Intelligence Artificielle peut certainement nous apporter beaucoup. On pense en particulier, à la conception de modèles climatiques, capables de prédire avec précision l'avenir du climat, une chose impossible aujourd'hui. Dans le domaine de la santé, l'IA sera d'une grande utilité, elle effectue déjà des corrélations, qui seraient impossibles pour le cerveau humain, ce qui permettra certainement de détecter, voire de prévenir, l'arrivée de maladies (7).

En revanche, utiliser l'IA pour résoudre des problèmes politiques ou économiques, pourrait se révéler catastrophique. Aussitôt qu'une décision économique ou politique ne serait pas en faveur de tel ou tel groupe d'intérêt, des soupçons, ou des peurs irraisonnées, comparables à celle de Garry Kasparov émergeront. On se demandera quels intérêts sous-tendent les décisions de l'IA ("y,-a-t-il un grand maître derrière ?") ou bien on soupçonnera toutes sortes de complots. La compréhension de l'IA nous étant impossible, toutes les justifications que l'on pourra donner, ou les invitations à la confiance, ne serviront pas à grand chose...

Par ailleurs, il faudra veiller à ce que l'IA ne tombe pas pour de bon dans les mains de "grands maîtres" économiques. On a déjà une idée des problèmes que cela pourrait engendrer, avec l'Hyper-trading financier, ces machines capables d'effectuer des milliers de transactions par seconde. Avec des techniques comme le "layering", ou le "spoofing" (8), les ressources des ordinateurs sont déjà utilisées par les banques pour manipuler les cours. Avec l'IA, la tromperie des humains, ou des manipulations indétectables pourraient devenir monnaie courante. On pourrait par exemple redouter des ententes monopolistiques, organisées par les IA de plusieurs firmes (9). La révélation  de telles fraudes pourrait devenir impossible, car si les États ne disposent pas de moyens en IA à la hauteur des de ceux des puissantes entreprises qu'ils souhaitent contrôler, celles-ci pourront facilement dissimuler des choses au fisc et à la justice. Il est déjà difficile pour les états de lutter contre l'optimisation fiscale (10) des grandes firmes lorsqu'elles font appel à des cabinets d'avocats spécialisés. Ce problème ne peut que se renforcer avec l'IA.

Enfin, il ne faudra pas laisser l'IA avancer cachée, car si la compréhension humaine du monde devient impossible aux humains, cela pourrait avoir pour effet de favoriser l'essor de courants de pensée irrationnels, religieux ou obscurantistes, et ce serait aussi une grande menace, car n'est pas un ordinateur qui tiendra le bulletin de vote. Ne voit-on pas déjà les signes avant-coureurs de cette incompréhension, avec tous ces mouvements "anti-système" qui fleurissent de par le monde, des Philippines aux USAs, en passant par la Pologne ? Le point commun des ces mouvements, n'est-ce pas déjà l'incompréhension devant la complexité croissante du monde, et la précarité économique ? L'IA ne peut qu'amplifier cette incompréhension, et renforcer cette tendance.

L'IA pourrait-elle alors intégrer dans ses algorithmes, notre propension à l'angoisse devant l'inconnu, pour mieux parvenir à ses fins  ? Ce serait alors de deux choses l'une : ou bien l'Intelligence Artificielle ainsi augmentée deviendrait impuissante, car notre capacités à nous angoisser doit être à peu près infinie. Ou bien ce serait l'avènement d'une forme de totalitarisme protecteur. L'Intelligence Artificielle entrerait alors dans l'intimité de nos vies, pour nous faire éviter tous les écueils. L'intention serait bonne, mais n'aurions nous pas renoncé à la Liberté en entrant dans un tel univers ?

(1) le bug de "Deep Blue" au 44ème coup de la partie 1 de 1997

(2) La première des 6 parties Deep Blue - Kasparov de 1997

(3) La singularité technologique

(4) Deep blue ne tombe pas dans le piège de la partie 2

(5) Selon Murray Campbell, un des ingénieurs du projet Deep Blue, interviewé par Nate Silver dans son livre  The Signal and the Noise

(6) Auto-apprentissage et stratégie de Libratus

(7) l'IA au service de la maladie, Watson d'IBM

(8) Hyper-trading, Layering et spoofing, explications sur wikipedia

(9) De telles ententes entre firmes ont déjà été condamnées par le plus haut niveau de la justice. Pourquoi demain, se priveraient-elles de le dissimuler grâce à l'IA ? Selon l'autorité de la concurrence :   "De 1997 à 2003, ils (ndlr : Bouygues, Orange et SFR) ont procédé à des échanges d'informations stratégiques. De 2000 à 2002, ils se sont en outre réparti les parts de marché selon des objectifs qu'ils avaient négociés entre eux".

(10) Les États et les lois, ont toujours un temps de retard, dans la lutte contre l'optimisation fiscale. Pourquoi en serait-il autrement avec l'IA, lorsque celle-ci réclamera des moyens financiers encore plus importants ?



 

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Décroissance ? doutez-vous que l'Humanité pousse ?



À quoi servira d’avoir une voiture électrique, si elle est 10 fois plus grosse que l’ancienne ? L’effet sur l’environnement risque d’être nul…



 

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1973-2018 : la France "en marche" vers la désintégration sociale...

Devant l'ampleur prise par le mouvement des "Gilets Jaunes", suite à l'augmentation du prix du pétrole en 2018, il peut être utile de se souvenir du choc pétrolier de 1973, et de se demander si notre société d'aujourd'hui aurait pu surmonter une telle secousse. En 1973, le prix du baril de pétrole avait été multiplié par 4 (1). Par comparaison, en 2018, il n'a augmenté que de 38% dans sa plus forte amplitude (2).

Dans les années 70 les français circulaient déjà abondamment en voiture, et l'humoriste Jacques Tati critiquait l'abus de la consommation automobile et les embouteillages dans son film "TRAFIC" (1971).


Le Barbecue sur la grille d'aération de la 4L "camping" de Trafic
(Jacques Tati, 1971)

Le pays avait pourtant réagi avec solidarité pour absorber cette augmentation (3), en se ralliant autour de mots d'ordre tels que "faisons la chasse au gaspi". Il n'y avait pas eu de grèves dans les usines, aucune manifestation sur la voie publique, et absolument aucune casse. Qu'est-ce qui a donc changé, avec les "Gilets Jaunes", pour qu'une augmentation de seulement 38% du prix du baril, déclenche une pareille colère ?...une colère si intense que la force publique peine à la contenir, malgré les moyens extraordinaires mis en oeuvre (4). 


Le barbecue, façon "Gilets Jaunes" (Crédit photo : le Figaro)


Cette crise des "Gilets Jaunes" témoigne avant tout de l'atomisation du travail, dans la société française. En 1973, notre économie était encore bien charpentée. C'était une société de classe, mais chacun y trouvait à peu près sa place dans des entreprises publiques ou privées bien constituées. L'usine, la ferme, le bâtiment, le magasin, le lycée, ou l'hôpital, offraient des revenus stables à long terme...l'Etat avait son mot à dire sur les prix, notamment celui du pain et des loyers. Le nombre de chômeurs était alors faible, inférieur à 500 000.(5)

Cette économie bien charpentée s'est ensuite lentement fragilisée. Dès les années 1980, l'informatique a commencé à faire disparaître des emplois de secrétaires, puis des emplois industriels (6) et miniers ont disparus, portant rapidement le chômage à 2 millions. Les délocalisations ont amplifié la tendance dans les années 90, le marché laissant aux États, le soin de combler les vides laissés par la suppression de ces revenus.


Disparition des emplois industriels, Insee, T. Méot (2006)
2+ millions d'emplois supprimés dans l'industrie manufacturière dès 2006 ! (courbe noire, échelle de droite)


Fatalement, la dette de l'Etat a commencé à augmenter. Elle n'a cessé de croître depuis (7) . Difficile donc, de ne pas voir de corrélation entre la disparition des emplois et la dette de l'État. Les emplois ont commencé à disparaître massivement à partir de 1978, et la dette a augmenté régulièrement depuis la même année.


Croissance de la dette, de 1978 à 2014 (Le Figaro)


L'impuissance (de  l'État ou du citoyen ?) devant la disparition des emplois a persisté dans les années 2000, en France comme dans d'autres pays industriels, aux USA, en Angleterre, en Allemagne, en Italie... Enfin dans les années 2010, alors que suite à la crise de 2008 le nombre des demandeurs d'emplois franchissait en France la barre des 3 millions, des hommes politiques peu scrupuleux ont commencé à prétendre que les chômeurs étaient "des profiteurs", ou qu'ils manquaient d'initiative. Nous en étions encore à cette erreur d'analyse au moment de l'élection d'Emmanuel Macron, en 2017.


Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron à l'Élysée, le 15 septembre 2017
Crédit : ludovic MARIN / AFP


Aujourd'hui, le monde du travail n'a plus grand chose en commun avec celui de 1973. Pour beaucoup, c'est devenu le monde de la précarité. En 2016, 3 millions de demandeurs d'emploi étaient enregistrés , soit 10% de la population active.


Le chômage par tranche d'âge, de 1975 à 2017 en pourcentage de la population active


Et pourtant, ce chiffre de 10% ne décrit pas correctement la réalité, car contrairement à ce qu'on pense généralement, CE N'EST PAS LA PART DES GENS QUI N'ONT AUCUNE ACTIVITÉ DANS LA POPULATION EN ÂGE DE TRAVAILLER. C'est, dans la population en âge de travailler, LA PART DES GENS INSCRITS AU CHÔMAGE PAR RAPPORT A LA POPULATION EN EMPLOI ! Autrement dit, on laisse de côté toute la part de la population en âge de travailler, ne recherchant pas "activement un emploi"!


Source de l'image : INSEE


OR CELA REPRESENTAIT EN 2016 11,6 MILLIONS DE PERSONNES (soulignés en bleu) !! Comment peut-on croire que 21% des gens en âge de travailler (plus d'une personne sur 5 !) ne le souhaitent pas ? Il y a de toute évidence dans ces 11,6 millions, une fois retirés les étudiants et les femmes au foyer, énormément de gens qui ont tout simplement DESESPERÉ DE TROUVER UN EMPLOI NORMAL !(8))..

Faut-il détailler les dégâts individuels et collectifs issus de la disparition du travail et de ses revenus normaux dans notre pays et ailleurs ? : délinquance, solitude, économie parallèle, harcèlement, travail au noir, vols, maladies, divorces, ségrégation, trafics, toxicomanie, prostitution, obésité, maltraitance, dépression, destructions, vandalisme, "burn out"... la difficulté de se procurer des revenus par le travail (ou la terreur de le perdre quand on en a un) apporte sa contribution à chacun de ces problèmes.

Ni cette perversion sociale, ni ce "cul-de-sac économique"  (la dette des Etats ne pourra pas éternellement augmenter) ne sont le problème des investisseurs, que seuls la spéculation et la recherche de la productivité intéresse. La vague d'informatisation continue donc sa progression au détriment des travailleurs qui restent en poste, et au profit quasiment exclusif des détenteurs de capitaux, ce qui n'a rien d'étonnant, puisque ce sont ces mêmes capitaux, qui finançaient jadis les usines. De nouvelles destructions d'emplois aussi massives que dans l'industrie, sont maintenant attendues à court et moyen terme dans les transports, dans la banque, et dans la grande distribution (9).

Comment l'Etat français pourra-t-il continuer à y faire face ? Il est d'ores et déjà acculé financièrement par la décomposition sociale... A cette question, la réponse des différents gouvernements est toujours la même : la recherche de la croissance. L'espoir de retrouver, grâce à une augmentation du PIB, une dynamique permettant à la fois de réduire le chômage, et des recettes supplémentaires pour réduire la dette, semblait jusqu'à l'an dernier réunir une sorte de consentement dans la population. L'année 2017 a mis fin à cette espérance, et c'est certainement là une des raisons de l'explosion de colère des "Gilets Jaunes". Malgré 2.2% de croissance, et des investissements record (mais bien peu pour l'économie réelle), le nombre d'inscrits au chômage sans aucune activité n'a diminué que de 0,5% (8) (14 600, soit 0.05% des 29,556 millions d'actifs, ou encore 0.027% de la population active de 52,842 millions !), autant dire rien, alors que la dette de l'État, les impôts et taxes, et même les émissions de co², ont continué d'augmenter...

Les contribuables français ont pourtant consenti à faire un effort considérable. Le CICE de François Hollande (Crédit d'Impôt Compétitivité Emploi), puis le remplacement de l'Impot Sur la Fortune (ISF) par un Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) par E. Macron représentent un effort de 24 milliards d'euros par an, que l'on prévoyait d'étendre encore de 20 milliards avec le volet social du CICE. Cette coûteuse "politique de l'offre" n'a pas porté ses fruits, les Français n'ont obtenu, si l'on peut dire, aucun "retour sur investissement". Si la croissance a bien été au rendez-vous en 2017, elle n'a créé qu'un nombre infime d'emplois nets (= créations - destructions). Tout semble montrer que le surplus de profits s'est au contraire reporté sur la rémunération des actionnaires, la France devenant même en 2018 championne du monde de la distribution de dividendes (11).

L'Etat, et en particulier deux de ses plus hauts représentants, F. Hollande puis E. Macron (et aussi bien d'autres avant eux) se sont trompés. Cependant, accuser l'Etat et ses institutions, est une nouvelle erreur d'analyse. L'Etat lui-même, est fragilisé par le capitalisme : sa dette est devenue si importante, que six années de recettes sans aucune dépenses pour l'école, l'armée, les hôpitaux etc, ne suffiraient pas à la combler ! Les "Gilets Jaunes" dénoncent (parfois à juste titre) le train de vie de l'Etat, certains entendent même mettre fin à toutes les taxes et impôts, et tout particulièrement lorsque ceux-ci visent la protection de l'Environnement, des enjeux qu'ils jugent secondaires, quand ils les comparent à leurs fins de mois difficiles...

La vérité est difficile à avouer, pour tout homme politique, qui entend cultiver une image d'efficacité et de puissance pour être élu. Elle est que l'État français est de plus en plus affaibli, à mesure que sa dette augmente et que l'activité se raréfie. Boucler le budget annuel de l'Etat devient difficile. Aux dépenses publiques relativement incompressibles de son administration (école, université, armée, hôpitaux, diplomatie, équipement, police...), s'ajoutent maintenant chaque année la charge énorme de la dette (41 milliards d'€ en 2018), les dépenses visant à atténuer les effets de la dégradation sociale, ainsi que de multiples subventions, allègements de charges ou suppressions d'impôts destinées à "doper" l'activité sur le territoire (21 milliards d'€ en 2018, chiffre à vérifier (10)).


Le budget de l'Etat français en 2018, premier budget Macron (franceinfotv, en milliards d'euros)


Cette crise des "Gilets Jaunes" est donc à la fois un "bras de fer", et un énorme malentendu.

C'est un "bras de fer" entre l'État français, dont la dette totale correspond à présent à environ une année de la richesse crée dans le pays (= PIB (7)), et des citoyens "de base" aveuglés par la colère, qui ne comprennent pas le problème tel qu'il se pose, ni l'impuissance de l'État face au capitalisme, qui refusent cette précarité sans espoir, qu'on leur demande d'accepter comme une fatalité, ou tout nouvel effort à leur dépens concernant une quelconque participation écologique. Difficile de leur donner tort sur ce point, puisque le problème à la source de tous les autres, c'est la disparition des revenus du travail depuis 40 ans.

Mais c'est aussi un malentendu, car l'État, en l’occurrence, n'est pas directement responsable. Les disparitions de revenus, les dégâts écologiques, et les dettes colossales des Etats, ont tous trois, et dans tous les pays cités, la même origine : notre soumission forcée au "moins disant social et environnemental", qu'impose la rareté de l'activité, dans un contexte de concurrence entre Etats. Et ceci, les chômeurs et les précaires ne peuvent pas le comprendre : comment admettre que les caisses de l'État français sont vides, alors qu'en 2018, il s'est crée 10,6 fois plus de richesse qu'en 1973 (5) ? Il ne faut pas chercher ailleurs, la certitude qu'ont les "Gilets Jaunes", que tous les représentants de l'Etat français "se goinfrent", ou se livrent à d'immenses gaspillages.

Ils se trompent. L'argent n'est pas capté par l'Etat, mais par les détenteurs de capitaux. Même si des hommes politiques tels que DSK ou François Fillon ont pu ternir l'image de l'Etat ces dernières années, en entretenant une proximité malsaine avec les milieux de l'assurance ou de la finance, ce n'est pas l'Etat qui s'enrichit, puisqu'au contraire, il s'endette de plus en plus. Il est temps maintenant, d'accuser le véritable coupable : ce capitalisme dévoyé, qui profite scandaleusement des progrès technologiques en cours, pour mettre les peuples et leurs représentations démocratiques en concurrence. Or ce capitalisme, on le sait, se moque de la démocratie. Il a déjà cohabité par le passé avec les pires régimes.

Alors que se passerait-il si jamais un choc pétrolier comparable à celui de 1973 venait à se produire ? Il y a tout lieu de croire que nous serions incapable de l'absorber. La défiance pour le pouvoir politique, ainsi que les menaces et les insultes au personnel politique proférées dans la rue, doivent convaincre tous les hommes politiques de ce pays, de donner enfin les vraies raisons de notre impuissance. L'incompréhension doit cesser à tout prix.

Nous sommes à un carrefour de notre Histoire. On ne peut plus ignorer que la paix sociale n'habite plus notre pays. En 2005 le soulèvement des banlieues en était déjà un premier signe, et nous n'avons pas changé de cap. La violence de la révolte des "Gilets Jaunes" est un deuxième avertissement que nous devons prendre très au sérieux. Et il y a urgence, car ce que nous risquons, dans les années qui viennent, n'est pas un choc pétrolier, mais une pénurie de pétrole (12), dont on sait qu'elle pourrait multiplier le prix du baril par 10  (13). De telles augmentations, venant s'ajouter aux nouvelles destructions d'emplois attendues par centaines de milliers, sonneraient le glas de notre cohésion sociale, déjà bien entamée.

Il n'y a donc rien de plus URGENT, que de se donner un coup d'avance pour se défaire de cette menace, en cessant immédiatement les fausses analyses, et en prenant dès aujourd'hui des dispositions pour :

1 : rendre publiques au plus vite, les raisons de l'impuissance politique face à la disparition des emplois.

2 : rediriger les aides de l'Etat vers les plus démunis, au lieu de tenter comme par le passé de subventionner l'activité.

3 : se  libérer totalement et rapidement des énergies carbonées que nous importons.

Il y va de la survie de notre démocratie.

Vincent Rey
findutravail.net
(1) Entre le mois d'octobre 1973 et le mois de janvier 1974, le prix du baril du brut de référence qu'est l'« Arabe léger », est quadruplé, passant de 2,32 $ à 9 $. (wikipedia)

(2) de 62$ à 86$ entre février et octobre 2018, soit 38% d'augmentation.

(3) Le choc pétrolier de 1973 n'a pas altéré la richesse produite dans le pays. Il est indétectable sur la courbe du PIB par tête (source OCDE data).



  (4) 86000 policiers et CRS déployés sur le territoire, équipés de blindés pouvant projeter du liquide incapacitant (selon le nouvel obs et mediapart).

(5) PIB de 1973 : 260 milliards de $. PIB de 2016 : 2765 milliards $. (10.6 fois plus) (https://data.oecd.org/fr/gdp/produit-interieur-brut-pib.htm)

Beaucoup de gens n'étaient pas riches en 1973, mais on se dit que si le revenu du pays (le PIB) avait été 3 fois supérieur à ce qu'il était en 1973, il n'y aurait vraiment plus rien eu à réclamer...le PIB par tête est aujourd'hui de 10 fois ce montant, et nous sommes à la limite de l'explosion sociale...(?)

(6) Disparition des emplois industriels à partir de 1979. Graphique de T Méot, extrait de son rapport sur l'automobile pour l'INSEE (2006).


(7) la dette française selon l'INSEE, s'est établie à 2218,4 milliards d'euros fin 2017, soit 97% de la richesse annuelle créee dans le pays (PIB). Par comparaison, les recettes fiscales nettes de l'Etat en 2017 représentaient 295 milliards, soit 13%.

(8) Taux de chômage par âge au sens de l’Insee de 1975 jusqu'au deuxième trimestre 2018. (wikipedia, en poucentage de la population active) :

Mais, toujours selon l'Insee, la population active française totalisait 29.6 millions de personnes, dont 10% de chômeurs. Mais 11,6 millions de français de 15 à 64 ans sont enregistrés comme inactifs, et n'entrent donc pas dans le décompte de la population active. Parmi ceux-ci, il y a des gens en âge de travailler, mais qui ne se sont pas enregistrés comme demandeurs d'emploi. La part des demandeurs d'emploi dans la population active amputée de ces 11.6 millions, n'est donc que la partie émergée de l'Iceberg.



Pour estimer la part réelle du déficit d'emploi dans notre pays, il faudrait donc majorer la population active de 11,6 millions, ce qui donnerait un total de 41.2 millions, puis calculer la part de ces 11.6 millions, majorée des 3 millions de demandeurs d'emplois (11.6 + 3 = 14.6)  dans ces 41.2 millions. On obtient alors un taux de chômage de 35%, dont il faut déduire il est vrai, un bon pourcentage, correspondant aux étudiants, au pré-retraités, aux personnes handicapées, et aux travailleurs "au noir".

Source : ce tableau Insee

Chômage en 2017, malgré 2.2% de croissance : 3 451 400 personnes sont sans aucune activité (catégorie A) en décembre 2017. Ce nombre est en légère baisse par rapport à fn 2016 de 0,5 %, soit 17257 personnes. (source : https://evolem-citoyen.com/chiffres-du-chomage/chiffres-du-chomage-bilan-2017/)

(9) Une étude d'Oxford University estime que 47% des emplois américains sont "à risque", et il n'y a aucune raison de penser que ce serait différent en France...

10) Les aides de l'Etat, en proportion du PIB , (voire mon article sur le sujet) atteignent en 2018 un niveau très élevé, ce qui entretient la dette. Ce serait une bonne chose de les estimer précisément. Après 40 ans de chômage de masse, la charge de la dette (c'est à dire les intérêts) est également devenue très lourde : environ 1 euro sur 50 gagné dans le pays chaque année lui est consacré (40 milliards d'intérêts sur 2000 milliards de PIB).

(11) Versement de dividendes, la France enregistre un nouveau record (article de La Tribune)

(12) "Peak Oil" ou "pic pétrolier" : situations de pénurie, dans laquelle il n'y a plus assez de pétrole pour satisfaire la demande. Le prix du marché serait alors fixé par la demande, et non plus par l'offre, comme dans la situation actuelle (OPEP). Les prix pourraient alors s'envoler, à une hauteur inconnue, selon le degré de pénurie.

(13)  En 2010, T. Desmarets, Président de la firme Total, a dit ceci : "The problem of peak oil remains (...) it would be very difficult to raise oil production worldwide above 95 million barrels a day, which is 10% more than today’s level. The problem is not one of insufficient reserves, but that a lot of it is difficult to be produced." (traduction : le problème du peak oil demeure (...) il serait très difficile pour la production mondiale de dépasser 95 millions de barils par jour, soit 10% de plus qu'aujourd'hui. Le problème n'est pas que les réserves sont insuffisantes, mais qu'une grande part est difficile à produire".

On peut aussi lire, sur le site de l'ASPO : "Mr Desmarest told the AFP news agency that world oil production could peak in about 10 years." (traduction : M Desmarest a dit à l'AFP (agence France Presse) que le Peak Oil mondial pourrait avoir lieu dans environ 10 ans. (donc en 2020, puisque ces propos ont été tenus en 2010)



 

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La croissance crée l'emploi ?

Vincent Rey, article publié sur le blog de Paul Jorion le 19 déc. 2016

Les nouveaux marchés sont-ils de nature à offrir des perspectives en matière d’emploi ? offrent-ils des perspectives, pour les produits et services existants ?

Ces nouveaux marchés existent, dit-on, dans ces pays qui soutiennent la croissance mondiale, que l’on nomme les « BRICS » (Brésil Russie Inde Chine Afrique du Sud), ainsi que dans d’autres pays comme le Vietnam, le Cambodge, la Biélorussie, la Pologne, la Roumanie… ils se trouvent précisément être les nouveaux lieux de production de l’offre industrielle, et du travail rémunéré qui l’accompagne (ainsi que de la pollution, mais c’est un autre sujet).

Ces nouveaux salariés de l’« usine du monde » affluent vers les zones urbaines, dans un mouvement qui n’est pas sans rappeler celui de l’exode rural, au début du 20ème siècle, et lorsque le revenu de leur travail n’a pas été pillé par la hausse des prix de l’immobilier, d’autres segments de l’Offre au Consommateur, tel que l’automobile leur deviennent accessibles. Les prévisions favorables que font les fabricants d’automobiles, et les accords qu’ils passent sont des signes de l’émergence de ces nouveaux marchés, et donc d’un élargissement en volume de l’Offre au Consommateur. Que peut-on en attendre, en matière d’emplois rémunérés ?

Si comme le disent nombre d’économistes « seule la croissance crée l’emploi », alors la croissance isolée du secteur de l’automobile, doit créer de l’emploi rémunéré dans le secteur de l’automobile, car on imagine mal qu’elle le crée en premier dans d’autres secteurs.

Les dernières décennies peuvent nous éclairer, puisque précisément, la valeur de la production de la branche automobile (destinée aussi bien au producteurs qu’au consommateurs) s’est multipliée par 20 entre 1949 et 2007, en passant de 4 à 85 milliards d’euros constants, comme le montre le graphique 14 ci-dessous (Source : INSEE, valeur de la production, en euros corrigés de l’inflation 1).



L’aspect général de cette courbe est incontestablement la croissance, et on peut même y remarquer un segment de croissance brutal entre 1996 et 2001, amenant la production à une sorte de plateau, aux alentours de 85 milliards d’euros, d’où il est resté jusqu’en 2007.

Or quel a pu être l’impact sur le nombre d’emplois salarié de cette multiplication par 20 du volume de la production automobile sur cette période ? C’est ce que montre la courbe 15 ci-dessous : l’effectif d’emploi salariés dans le secteur de l’automobile en France (courbe rouge) rejoint en 2007 son niveau de 1956, une année où la production était 9 fois moindre en valeur (environ 10 milliards voir courbe 14). C’est un premier constat.



Mais le plus étonnant sur la courbe 15, c’est sa forme, qui rappelle notre plus haute montagne, le Mont Blanc, avec un point culminant, non pas à 4807m, mais en 1978.

Dans un premier temps, entre 1949 à 1978 les effectifs salariés croissent (courbe 15, tracé rouge), tout comme la valeur de la production croît (courbe 14). Une baisse s’observe bien en 1973, sur les deux courbes 14 et 15, témoignant d’une décroissance soudaine de la production, consécutive au choc pétrolier de 1973. Puis le volume de la production et le nombre d’emplois salariés repartent ensemble à la hausse, l’emploi trouvant son sommet dans la branche vers 1978.

A partir de 1978, c’est l’inversion brutale : alors qu’aucun fléchissement de la production en valeur (courbe 14) ne permet de l’expliquer, le nombre d’emplois salariés se met à chuter de façon quasiment ininterrompue. Deux accélérations du volume de production en 85 (+25% de valeur sur 2 ans) et en 97 (+80% en valeur sur 4 ans) ne parviennent pas à enrayer la chute des effectifs : entre 1978 et 2007, le ratio (nombre d’emploi intérieur/richesse produite) passe en France de (35/35=1) à (20/85=0,25 =un quart), ce qui revient à dire que pour produire une unité de valeur d’offre automobile, il fallait 4 fois moins d’emploi salarié en 2007 qu’en 1978 2.

Il y a donc des raisons d’envisager que l’élargissement quantitatif de l’offre automobile, quand bien même on le relativise en l’analysant en valeur et non pas en nombre d’automobiles 3, n’est pas de nature à créer des emplois rémunérés.

Pourtant, l’industrie automobile n’est pas n’importe quelle industrie. Si la production de l’offre textile, ou celle des jouets, ou de tout autre objet simple peut facilement être déléguée à des entreprises du Bengladesh ou de Chine, il n’en va pas de même pour la fabrication d’automobiles, qui réclame un personnel de plus en plus qualifié et rigoureux : des ingénieurs, des techniciens supérieurs, ainsi que des infrastructures efficaces pour les approvisionnements. Les délocalisations y sont parait-il délicates, et la France, tout comme l’Allemagne avait plutôt tendance à attirer la production d’automobiles pendant cette période.

Cette courbe 15 en forme de Mont Blanc, permet donc de se faire une idée des gains de productivité où prédominaient des facteurs autres que les délocalisations*, tels que l’introduction de robots, ou une amélioration du « management de production ».

Toujours mieux tirer parti d’effectifs humains de plus en plus qualifiés et jeunes, en leur substituant chaque fois que cela est possible des machines (robots), telle semble être la condition « sine qua non » pour participer à l’offre marchande mondiale d’automobiles, soumise à une rude concurrence internationale. C’est en quelque sorte, à prendre ou à laisser : c’est dire le peu d’espoir d’y voir s’installer des conditions de travail apaisées, ou un retour en nombre de l’emploi salarié. Et il y a toutes les raisons de penser que c’est une tendance structurelle, qui mènera à plus ou moins long terme, vers des usines entièrement robotisées 4, installées dans les pays réunissant les meilleurs paramètres.

Et s’il en est ainsi pour un produit complexe tel que l’automobile, il n’est pas nécessaire de démontrer que c’est la même chose pour tous les produits qui sont plus simples à fabriquer que des automobiles, comme le montre la courbe noire du graphique 15, car pour ces biens, le travail humain peut être encore plus facilement remplacé, échangé, déplacé, supprimé. Et il y a donc tout lieu de penser, que dans l’ensemble fini des besoins du Consommateur, de moins en moins d’hommes subviendront à la fourniture de la totalité de l’offre marchande.

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1 Rapport de l’INSEE : « L’industrie automobile en France depuis 1950 » (Thierry Méot)

2 Entre 13,5% et 16,6% des entreprises du secteur de l’industrie automobile avaient cependant déjà délocalisé en 2007, selon l’INSEE / 4 pages N° 246, de mai 2008.

3 La productivité en nombre d’automobiles : 1 ouvrier de 1949 faisait en moyenne 2 voitures par an. 1 ouvrier de 2014 peut en faire jusqu’à 83 ». (Usine de Sunderland, angleterre, avril 2013 : "Aujourd'hui, avec 6000 personnes, l'usine dépasse allègrement les 500.000 unités" (source : article de l'usine nouvelle du 01/04/2013)

4 Une usine à l’image de celle imaginée par George Lucas, au début de son film de science fiction thx1138 : une usine robotisée, fabriquant… des robots.



 

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Terrorisme armé, terrorisme politique...

A l’heure où les attentats se multiplient dans tous les pays, des Etats-unis à la Turquie, en passant par l'Egypte,  la Norvège, le Canada, la France, l'Espagne,  etc , on peut se demander s’il n’existe pas une parenté entre le terrorisme armé et ces votes « contre l’establishment », qui se multiplient en Europe. Est-il si absurde, ce parallèle entre le meurtre sauvage, et l’action de déposer un bulletin dans l’urne, comme par exemple lors du vote pour le Brexit ?

L’absence de différence de méthode entre l’assassinat de la députée Jo Cox pendant la campagne du Brexit, et ceux par exemple de Mohamed Mehra, doit nous inviter à réfléchir. Les auteurs de ces meurtres ont presque toujours le point commun d’être soit des repentis du crime, soit des gens issus d’une grande précarité économique*, qui trouvent ainsi un moyen d’exister. Et qu’ils crient « Halah khacbar », ou « Britain first » en perpétrant leur crime, ne fait pas grande différence.

Le schéma mental du vote extrême est d’ordre similaire : lorsque des pans entiers de la population sont laissés pour compte, abandonnés à un sort économique tel qu’il leur nie toute existence sociale, on ne peut pas s’étonner que des pans entiers de l’électorat se détournent des voies traditionnelles de la politique, pour s’orienter vers des aventures collectives plus « exotiques ». En somme, l’électeur européen se dit de plus en plus fréquemment : « Puisque la société se moque de ma mort sociale ou économique depuis des décennies, je vais par mon vote montrer que je me moque à mon tour du déclin de la société », et l’œil larmoyant de Richard Branson, évoquant la non-création de 3000 emplois et la perte d’un tiers de la valeur du capital de ses sociétés, n’a pas ému davantage l’électeur engagé pour le « Leave », qui se savait peu « employable ». Il s'est dit plutôt « Mais qu’est ce que j’en ai à f…, moi, des profits et des emplois de Richard Branson ? ». Si l’on ne peut adhérer aux idées racistes ou antisémites que véhiculent ces partis, comment blâmer cet égoïsme, lorsqu’il règne dans toute la société ?

Les appels de M. Valls à faire preuve de résilience face au terrorisme, tout comme ses propos antérieurs – qu’il a tempérés depuis – estimant qu’il n’était pas nécessaire de comprendre le terrorisme, sont à ce titre, totalement « hors sol ». Comment ? Il faudrait accepter que de temps à autre, un peu comme dans le film « Brazil », une explosion dévaste un restaurant ou une gare à côté de chez soi, et accepter de continuer son chemin, comme si de rien n’était ? Invoquons plutôt l’urgence d’avoir un avis contraire : PLUS QUE JAMAIS, il est nécessaire de comprendre, à la fois ce qui mène au terrorisme, et ce qui dirige, en ce moment même, des pans entier de l’opinion publique vers ces partis extrémistes, souvent xénophobes et antisémites, et même en Allemagne, un pays pourtant marqué au fer rouge par ses errances idéologiques du passé, où l’on nous dit pourtant que le chômage a disparu ! Car si l’on ne doit rien espérer des règles du marché, ni du politique, pour réduire des inégalités sociales de plus en plus criantes dans la plupart des pays développés, il y a fort à parier que de plus en plus de gens, en perdant l’espoir de leur « devenir » social, emprunteront, quelquefois par conviction religieuse, écologique, ou autre, mais le plus souvent par dépit, des attitudes individuelles ou collectives pouvant conduire à de très graves destructions.

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* ou qui s’estiment pauvres, par le décalage qu’il y a, entre les aspirations qu’on a suscité chez eux , et la réalité de leur vie, ce qui revient au même. Le Crash de l’airbus de la German Wings, précipité contre une montage par son pilote, s’apparente aussi à un acte terroriste, dans son schéma mental, qui semble révéler le même type de dépit : "puisque je ne serai pas pilote à la prestigieuse compagnie Lufthansa, mais seulement sur la compagnie Low Cost German Wings, j’en ai plus rien à f… "



 

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Les 3 gaspillages du Nucléaire

En 2016 un sondage (1) faisait le point sur l'opinion des Français vis-à-vis du Nucléaire. Ils restaient minoritaires (47%), tous ages confondus, à souhaiter la fermeture des centrales, bien que majoritaires chez les moins de 49 ans (plus de 55%) . En tête des raisons invoquées, ces "abolitionnistes" plaçaient la question des déchets pour 35%, puis venait la crainte d'un accident de type Tchernobyl pour 32%. La tendance semble donc à l'abandon du nucléaire, au fur et à mesure que la population vieillit. Et pourtant, s'il est un mot qui devrait venir à l'esprit pour évoquer le nucléaire civil, ce n'est ni celui de "déchet", ni celui d' "accident", mais bien celui de "gaspillage".

Avant d'en donner les raisons, il peut être utile de visualiser les deux graphiques ci-dessous, pour donner quelques ordres de grandeur. En 2015, l'électricité représentait 46% de notre consommation d'énergie totale (graphique de gauche, en millions de tonnes équivalent pétrole, ou mtep), et 77% de cette électricité (graphique de droite) provenait du nucléaire(2). L'éolien et le solaire (3) , représentaient 5.01 % de la consommation(4) d'électricité française. La combustion de biomasse dans les incinérateurs représentait 0.00% (5). Ces chiffres donnent une idée de la prépondérance du turbinage hydraulique (11% des 16%) dans la production d'électricité, lorsqu'elle provient de sources d'énergies renouvelables.



Quelles qu'en soient les causes, un nombre insuffisant d'équipement, ou une faiblesse intrinsèque de ces sources d'énergie, les chiffres du soleil et du vent sont là. Il n'y aurait eu ni vent ni soleil en 2015, nous n'aurions presque rien senti. Il n'y aurait eu ni centrales ni barrages, nous aurions dû nous passer de 95% de notre électricité. Mais venons-en aux gaspillages du Nucléaire, puisque c'est le sujet de ce billet.

Le premier de ces gaspillages n'a pas besoin d'être démontré. Il suffit d'observer en hiver les énormes panaches sortant des cheminées des centrales, pour savoir que l'on fait peu de cas de la préservation de la chaleur. Les calories émises par la fission nucléaire sont en nombre colossal, et on se soucie peu d'en gaspiller 70% (6), pourvu que soit maximisé le bénéfice [nombre de KWh x bénéfice par KWh]. Tel ne serait pas le cas, si on s'était donné pour contrainte la préservation de la chaleur ou la minimisation des déchets. Ces panaches témoignent de la conception productiviste que nous avons de l'énergie, une conception qui perdure depuis l'origine de la machine à vapeur (7), lorsque furent installées les premières pompes de Newcomen (8) au dessus de puits de charbons en Angleterre.

Le deuxième gaspillage du nucléaire est un gaspillage de risque. 96% des réacteurs nucléaires dans le monde (9) ne peuvent être arrêtés en urgence, car ils utilisent du combustible solide (uranium ou plutonium), qui entre en fusion, lorsque la chaleur ne peut plus être évacuée par le fluide caloporteur (généralement de l'eau pressurisée). La chaleur qu'il dégage fait alors fondre tout l'acier et le béton qui se trouve sur son passage, et il s'enfonce, jusqu'à ce qu'il se retrouve dans l'environnement. La chaleur peut également désintégrer l'eau et donner lieu à des explosions d'hydrogène. A Fukushima, la fusion de 3 réacteurs a failli avoir des conséquences très graves pour le monde entier (10). Il est donc souhaitable de se doter d'une technologie qui supprime ce risque. Mais en attendant de pouvoir le faire, et puisque ce risque est constant pour une centrale, qu'elle délivre 30% ou 100% de sa capacité, toute production d'électricité alternative (3) venant se substituer à la production d'électricité nucléaire, est un gaspillage de risque : on se prive de l'électricité d'origine nucléaire, qu'il ne serait ni plus dangereux, ni plus coûteux de produire dans les centrales en activité.

Le troisième gaspillage du Nucléaire est technologique. La plupart des informations ci-dessous sont reprises du documentaire "La face gâchée du Nucléaire" (11), qui le démontre parfaitement. Il existe une bien meilleure technologie que ces "cocottes minute" à chaleur incontrôlable, que sont les réacteurs à eau pressurisée de type "Three Mile Island", "Tchernobyl",  ou "Fukushima" (9). Ce nouveau type de réacteur, nommé MSR (Molted Salt Reactor), utilise du combustible liquide, et il est resté "aux oubliettes" depuis 1968, malgré les expériences extrêmement encourageantes menées au Laboratoire National d'Oak Ridge (ORNL), sous la direction du professeur Alvin Weinberg. Weinberg connaissait bien les qualités et les défauts des réacteurs actuels (à combustible solide et eau pressurisée), pour en avoir jeté les bases en 1946, avec d'autres savants. Il considérait cependant son expérience d'Oak Ridge comme sa plus belle contribution scientifique. Dans le réacteur MSR, le processus de fission a lieu dans un liquide  constitué principalement de sel fondu et d'uranium. La solution était élégante, car elle supprimait le risque de fusion, la dilatation du sel fondu faisant stopper la réaction en chaîne sans intervention humaine. D'autres aspects du réacteur MSR  furent mis en évidence :  un volume de déchets à production égale diminué de 80%, l'absence totale de déchets radioactifs au delà de 300 ans, la possibilité de remplacer l'Uranium par du Thorium (un matériau abondant partout dans le monde), et la facilité de construction (pression de 1 bar, au lieu de 80, 130, ou 150 bars).

De telles caractéristiques, si encourageantes en termes de sécurité et de minimisation des déchets, auraient dues inciter le Nucléaire français - détenu à 84% par l'État censé être une émanation des citoyens - à s'intéresser au réacteur MSR. C'était sans doute trop de changements radicaux pour cette industrie, qui lui préféra l'EPR (European Pressure Reactor). Dans les réacteurs EPR, les risques de fusion et d'explosion d'hydrogène demeurent (combustible solide pouvant fondre, si l'eau pressurisée à 150 bars cesse de circuler), ainsi que la production de déchets de longue "vie". En témoignent le récupérateur de corium, et une enceinte de confinement étanche à une surpression de 5,5 bars (l'efficacité de ces dispositifs de sécurité ne pouvant être éprouvée). Tenter de se prémunir contre de tels risques est forcément onéreux : le "démonstrateur" EPR de Flamanville coûtera finalement 10.5 milliards d'€ (12) , au lieu des 3 prévus à l'origine. Par comparaison, il ne faudrait qu'un seul milliard  (pas même un 2000ème  du PIB français de 2017), pour amener un réacteur MSR au stade du "démonstrateur".

Quel sens doit-on donner à tout cela ? l'État français a-t-il protégé les intérêts d'Aréva (Orano depuis 2018), fortement impliqué dans la construction de ces centrales, et dans le recyclage des déchets nucléaires ? Ou bien n'était-il déjà plus capable, en 1992, de prendre le moindre risque technologique pour le bien commun ?

(1) Sondage IFOP de 2016 sur le nucléaire

(2) Source : INSEE, Structure de la consommation d'énergie primaire (tableaux en millions de tonnes équivalent pétrole, mis en porcentage) et production brute et consommation d'électricité. (en TWh, mis en pourcentage).

(3) éolien : 3.73% de la production d'électricité française en 2015 (21,2 sur 568 Twh) contre 9,5% en Allemagne. Solaire : 1,28% de de la production d'électricité française en 2015 (7.3 sur 568 Twh).

(4) ou de notre production, ce qui est la même chose, car nous consommons à peu de chose près toute l'électricité que nous produisons.

(5) la combustion des déchets dans les incinérateurs représentait une production d'électricité de 3.6 GWh en 2013 (Ademe). Cela représentait 0.00063% (0.0036 sur 568 TWh) de la production brute d'électricité de 2015, dont 50% est reconnue d'origine renouvelable (biomasse) les 50 % restant étant de véritables déchets.

(6) 70% : chiffre obtenu directement auprès d'un ingénieur de la centrale de Saint-Laurent des Eaux, lors de ma visite du coeur de la centrale, dans les années 2000.

(7) Machine à vapeur : une centrale nucléaire est une grosse machine à vapeur. Le réacteur nucléaire y remplace le charbon, pour produire de la chaleur, et changer de l'eau en vapeur, ce qui permet de générer une force mécanique. On condense ensuite la vapeur (en la refroidissant) pour qu'elle retourne à l'état d'eau liquide dans le circuit. C'est le rôle de ces énormes cheminées, d'apporter une source de froid dans le condenseur.

(8) Les machines de Newcomen étaient des pompes utilisées pour l'exhaure des mines, qui gaspillaient beaucoup de charbon, mais puisqu'il y avait abondance de charbon sur place, les exploitant n'y prêtaient guère attention. A la fin du 17ème siècle, un autre pionnier de la vapeur mesurait les effets de chaque morceau de bois ou de charbon qu'il brûlait sous ses "machines à feu", et même la façon lente ou rapide avec laquelle il les consumait. (Papin : "A new digestor, or engine for softening bones...")

(9) En 2012, sur les 436 réacteurs nucléaires installés dans le monde, 96% d'entre eux (418) fonctionnaient avec du combustible solide, et de l'eau pressurisée entre 70 et 130 bars comme fluide caloporteur. Ils se répartissaient ainsi : 272 PWR (Pressure Water Reactor, genre Three Mile Island),  84 BWR (Boiling Water Reactor, genre Fukushima), 47 PHWR  (Pressure Heavy Water Reactor, genre Three Mile Island amélioré) et 15 LWGR (graphite moderated light water cooled, ou RBMK, genre Tchernobyl).

(10) A Fukushima, on se souvient que si par malchance, le vent avait été mal orienté, la ville de Tokyo (30 millions d'habitants) aurait due être évacuée.

(11) "Thorium, la face gâchée du nucléaire". Documentaire de Myriam Tonelotto sur Youtube.

(12) Pression, quelques chiffres sur l'EPR de Flamanville : cuve du réacteur :  150 bars de pression; enceinte de confinement restant (théoriquement) étanche à 5.5 bars en cas  de fusion du réacteur, ou d'explosion d'hydrogène. Coût du "démonstrateur" : 10.5 milliards   selon EDF au lieu des 3 prévus au début de la construction.

 


 

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Gilles Bœuf : une catastrophe pour l'Environnement à lui tout seul


Comment ne pas être sidéré, devant la pauvreté de l'analyse de Gilles Bœuf ?

On connaissait Yann Arthus-Bertrand  et son "si on ne fait rien..etc", tout à fait inutile. Voila maintenant Gilles Bœuf, qui nous déclare "si ça passe dans les tripes, tout le monde sera concerné !" (1) France Inter - La Terre au carré - 13 09 2019)

Ah bon ? Il faudrait donc attendre une catastrophe écologique, avec une inertie de 500 ans pour que ça nous "rentre dans les tripes" alors ? En quoi de telles déclarations peuvent-elle aider à financer par exemple des incinérateurs dans les pays ou Coca-Cola vends ses bouteilles en plastique ? Car il est bien là le problème, si on parle des plastiques...Il ne suffit pas de dire "il faut absolument..etc", et de débiter un catalogue de vœux pieux ! Il faut financer des incinérateurs en Malaisie, en Inde, etc, à moins d'interdire mondialement la production de plastiques.

Gilles Bœuf baigne littéralement dans son absurdité. Il avoue avoir été invité à animer une conférence sur un bateau de croisière au Groenland, et en même temps, il prône sur les ondes la vertu  écologique individuelle (2), que ce soit celle du citoyen, ou celle de l'entreprise... Mais quand on lui parle de cette croisière à laquelle étaient conviés des lecteurs de "La Vie" et du "Monde", il se trouve aussitôt une excuse en disant :

"On a la faiblesse de croire que les gens qu'on a emmené sont quand même des gens très particuliers, et qu'ils vont aussi contribuer, en aimant ces paysages, en aimant ces milieux, à  en parler plus"...puis de poursuivre "c'est compliqué...nul n'est parfait"... !

Ah ça pour en parler, on en parle ! ...mais si "nul n'est parfait" peut servir d'excuse à un individu, alors qu'il pourrait faire autrement, alors que dire à une entreprise, qui aura toujours l'excuse bien plus valable de la concurrence, et dont les dégâts sont centuplés ?! Comment convaincre par exemple, Coca-Cola d'abandonner les bouteilles en plastique en Malaisie, si de son côté Pepsi-cola en ne bougeant pas, peut profiter de cette aubaine pour prendre un avantage sur son concurrent ?

Il y a des pensées "scientifiques" moins profondes que l'océan, parfois même moins profondes qu'une flaque d'eau. On frémit quand on apprend qu'il était conseiller environnement auprès de Ségolène Royal lorsqu'elle était ministre ! L'homme est pourtant ex-président du Muséum national d’histoire naturelle, il enseigne à Sorbonne Université à Paris, et préside le conseil scientifique de l’Agence française pour la biodiversité.

Pitié qu'on ne l'invite pas à participer aux travaux du GIEC ! Car voila ce qu'on peut appeler un DISCOURS NOCIF, entretenant l'idée que l'écologie est compatible avec l'économie telle que nous la concevons maintenant. Ces lamentations "hors sol" ont pour unique objectif de soulager notre angoisse, ça suffit.

Et tant pis si on m'accuse encore d'avoir un "pète au casque", en attaquant ce monsieur qui a consacré sa vie à la biologie ! Car malgré le CV de M Boeuf, un tel discours frôle la crétinerie, aussi fort que le Titanic a "frôlé" son iceberg.

Vincent Rey
findutravail.net

(1) https://www.franceinter.fr/emissions/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-13-septembre-2019

(2) Lire au sujet de la vertu écologique mon article : La vertu écologique n'existe pas


 

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Le calvaire perpétuel de Maggy Biskupski.

(le 2 janvier 2019)

La policière Maggy Biskupski s'est suicidée. Elle était une jolie jeune femme de 36 ans, célibataire, membre de la Brigade Anti-Criminalité des Yvelines. Sa vie était bien éloignée, de tout ce qui donne habituellement du bonheur dans la vie d'une jeune femme.



En 2016, elle avait fondé l'association "Mobilisation des Policiers en Colère", suite à l'attaque de 2 véhicules de police au cocktail Molotov à "la grande borne" brûlant gravement 2 de ses collègues. Elle était aussi visée depuis peu par une enquête de l'IGPN(1), pour "manquement au devoir de réserve", ce qui laisse à penser que sa hiérarchie entendait mettre fin à cette protestation.

La jeune femme avait aussi été la cible de propos injurieux, tenus par Yann Moix, à son grand déshonneur, lors de l'émission "On n'est pas couché". Le polémiste avait sans doute voulu "faire le buzz", en évoquant des policiers qui "chient dans leur froc". Il s'en repend amèrement à présent.

Les mots manquent. Quelle fatalité y-a-t-il, dans un pays riche comme la France, à tous ces jeunes gens tombant  sous les balles d'une Kalachnikov ? à tous ces suicides de policiers ? Sa mort doit nous interroger : comment cette jeune femme qui disait avoir eu une vocation pour le métier de policier, a-t-elle pu sombrer dans un tel désarroi ?

C'est sans doute qu'elle pensait exercer son métier en temps de paix, avant de comprendre, comme beaucoup de ses collègues, qu'elle était devenue le soldat d'une guerre sans fin, ayant pour champ de bataille les quartiers déshérités. Difficile de trouver un sens, à cette lutte quotidienne contre des jeunes gens révoltés, devenus eux aussi des guerriers, pour la préservation de leurs moyens d'existence illégaux...

Maggy Biskupski a sans doute éprouvé une grande lassitude. Elle a certainement voulu s'éloigner de cette comédie hypocrite, consistant à PRESERVER LES APPARENCES D'UNE NATION INDIVISIBLE, dans des quartiers où tout homme honnête voit qu'un APARTHEID ECONOMIQUE s'est durablement installé.

La répétition infinie de ses expéditions en "territoire ennemi", de ses arraisonnements, de ses menottages, avait sans doute fini par révolter tout son être. En tournant son arme contre elle, au lendemain du 11 novembre 2018, elle a peut-être voulu nous dire, à nous tous les "planqués de l'arrière", qu'elle ne "chiait pas dans son froc", et qu'elle nous envoyait tous "nous faire foutre", nous qui n'y comprenions rien.

A moins que le refrain de cette chanson de "poilus", ne lui soit soudain revenu en mémoire...

"Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes
C'est bien fini, c'est pour toujours
De cette guerre infâme " (...)

Mesurant tout-à-coup combien son rôle de "CHAIR A CANON DU LIBERALISME"(2) l'éloignait de la vie et la rendait exsangue, elle n'a plus trouvé d'autre issue, pour échapper à ce calvaire perpétuel, que de mettre fin à ses jours.

Repose en paix, Maggy Biskupski.

Vincent Rey, findutravail.net



(1) IGPN : Inspection Générale de la Police Nationale

(2) référence à mon article  "Les policiers, chair à canon du libéralisme", paru sur le blog de Paul Jorion le 29 octobre 2016, suite à l'attaque de "La Grande Borne".

(3) chanson de Craonne (1917)



 

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LES POLICIERS, « CHAIR À CANON » DU LIBÉRALISME ?

Article paru initialement le 29/09/2016 sur le "blog de Paul Jorion"

Le 19 octobre dernier dans l’émission « Bourdin Direct » sur RMC, témoignaient deux policières souhaitant rester anonymes, participant aux manifestations nocturnes, suite à l’attaque au cocktail Molotov d’un véhicule de police dans le quartier de la « grande Borne ». Au cours de l’entretien, l’une d’elle a déclaré « nous ne sommes pas de la chair à canon ».

Cette expression « chair à canon », habituellement utilisée pour évoquer la conditions des « poilus » lors des assauts les plus sanglants de la guerre de 14-18, témoigne du sentiment d’impuissance des policiers, qui ont maintenant l’impression qu’on leur fait jouer un rôle inutile, au péril de leur vie : celui de faire respecter la loi (vaste programme) dans des zones où un chômage endémique a poussé une partie de la population vers toutes sortes d’activités parallèles, qu’il ne faut plus venir déranger, sous peine de s’exposer à des attaques. On comprends, que si la police cessait d’être présente dans des quartiers comme la « Grande Borne », où le lien économique et culturel avec le reste de la société tend à disparaître, alors c’en serait fini du sentiment d’appartenir à une même nation. Et cela, l’État ne peut l’accepter, car ce serait entériner l’existence d’enclaves à l’économie criminelle, ainsi qu’un début de dislocation du territoire.

Une présence policière épisodique ne fait cependant plus illusion. Aucune proposition politique ne venant donner l’espoir d’enrayer la dégradation sociale de ces quartiers, et aucune analyse économique ne venant même l’expliquer – en dehors peut-être, de celle peu divulguée de Paul Jorion sur la disparition du travail – , les interventions de la police n’ont plus que la vertu symbolique de réaffirmer la cohérence de la nation, dans ces lieux marginalisés, où elle n’a plus rien d’évident. Et la police en a sans doute assez d’endosser ce rôle qui la dépasse, et qui était autrefois celui du travail, lorsque celui-ci était abondant : on devenait un membre de la nation en montant des Renault à l’usine de Boulogne Billancourt en 1950. On cesserait d’en faire partie à la Grande Borne en 2016, si en se livrant à divers trafics, on ne se faisait pas, de temps à autre, épingler par la police.

Quelle hypocrisie alors, d’invoquer le travail comme seul remède à l’économie parallèle, qui sévit dans ces quartiers ! Pour s’en convaincre, il suffit d’observer comment un jeune « beur », circulant dans une voiture de luxe, n’est jamais présumé avoir réussi par des moyens légaux ; on le suspecte au contraire immédiatement d’avoir gagné son argent malhonnêtement. Or il y a bien d’autres citoyens qui circulent dans des voitures de luxe, et qui ne font pas l’objet de telles suspicions : est ce que ces préjugés ne démontrent pas que la place dévolue à un jeune « beur » de ces quartiers, dans la société française d’aujourd’hui, c’est d’être chômeur ou pauvre ?

Que faudrait-il faire alors ? Est-ce une bonne idée d’augmenter la pression policière, pour éradiquer toutes les sources de revenus parallèles ? Des agents en grève le réclament dans les manifestations, exigeant que « la peur change de camp », et que « ce ne soit plus les policiers qui aient peur, mais les caïds » *. De telles injonctions laissent peu d’espoir de trouver une issue pacifique, car en l’absence de perspectives économiques inclusives, seules capables d’apporter une solution de fond à ces commerces illicites, il y a fort à parier qu’un accroissement de la pression policière ne ferait qu’accroître encore un peu plus la tendance au repli identitaire, que ne viennent pas dissuader les discours vindicatifs de certaines personnalités politiques.

En d’autres temps, et en d’autres lieux, on a vu où peuvent mener de telles injonctions, lancées en direction de populations acculées. Il en fut ainsi pour plusieurs tribus d’Indiens des plaines d’Amérique, dont l’économie reposait sur la chasse au bison. Le non-respect du traité, qui protégeait le lieu sacré des Black Hills, déclencha les hostilités. A la suite du « massacre de Fetterman » (1866), une embuscade indienne au cours de laquelle 80 soldats furent tués et horriblement mutilés, le Général Sherman tenta alors d’influencer le Général Grant : « We must act with vindictive earnestness against the Sioux, even to their extermination, men, women and children. Nothing else will reach the root of this case. » °

En 1871, Grant devenu Président mit fin au système des traités, ce qui amputa les tribus de toute souveraineté, et les Indiens des plaines durent bientôt choisir : ou bien ils acceptaient de renoncer à leur mode de vie, en rejoignant des réserves surveillées par l’armée, ou bien ils refusaient, et s’exposaient à être poursuivis comme des hors-la-loi. Les tribus d’Indiens rebelles, surnommées « the Hostiles », se coalisèrent alors en 1876 sous l’action fédératrice du chef sioux Sitting Bull, et ils installèrent un gigantesque campement le long de la rivière nommée Little Bighorn, dans l’actuel Montana. Le 25 juin, leur campement fut attaqué, et cinq compagnies du 7ème de cavalerie, et le Général Custer lui même, furent alors anéantis par 3.000 Indiens prêts à se sacrifier, hommes, femmes et enfants participant à la bataille. Une revanche meurtrière eut lieu 14 ans plus tard en 1890, lorsque 300 indiens, parmi lesquels nombre femmes et d’enfants, furent exécutés à la mitrailleuse au campement de Wounded Knee Creek.

Une histoire funeste qui invite à rejeter les appels du pied va-t-en-guerre qui nous éloignent en réalité d’une solution aux problèmes, parce que ceux qui les émettent visent seulement la popularité que l’on récolte en se faisant l’écho des fantasmes les plus simplificateurs.

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* Entendu de la bouche d’un manifestant sur France Inter le 25/10/2016. « Caïd » : chef militaire dans les pays arabes.
° « Nous devons agir avec une détermination vengeresse contre les Sioux, s’il le faut jusqu’à leur extermination, hommes, femmes et enfants. Rien d’autre n’éradiquera le problème. »


 

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Accumuler l'énergie des courants lents ?



AVANT DE PRENDRE CONNAISSANCE DE CETTE IDEE, VEUILLEZ REPONDRE SINCEREMENT
AUX 4 QUESTIONS CI-DESSOUS, ET INDIQUER VOTRE NOM ET VOTRE EMAIL.


QUESTION N°1

Une machine pour accumuler l'énergie du vent ou de l'eau, ne servirait à rien en restant sur le papier. Imaginons que cette idée ouvre réellement de nouvelles pistes pour l'accumulation des énergies renouvelables...

Qu'en ferait une firme du secteur de l'énergie, pour qui c'est plus rentable de vendre des KWH sortant d'un Réacteur à Eau Pressurisée (REP ou PWR), dans un contexte de concurrence ?

Elle INVESTIRAIT dans cette idée (au risque de gagner moins d'argent)
Elle N'INVESTIRAIT PAS dans cette idée (pour économiser et préserver sa position dominante)


QUESTION N°2

Sommes-nous en progrès en 2020 par rapport à 1970, ou en régrès ?

- Imaginez un employé de bureau de la classe moyenne de 1970. Donnez lui en cadeau une Peugeot 504 toute neuve, et un téléphone à cadran. Il serait très content.
- Donnez lui maintenant (toujours en 1970) une Audi Q5, et un Iphone 10, il serait non seulement ravi, mais stupéfait par le progrès technologique !
- Maintenant dites à cet employé que s'il veut conserver son Audi Q5 et son Iphone en 1970, il doit aussi importer la realité sociale et environnementale de 2020. (précarité du travail et collapse environnemental à moyen terme)

Que pensez-vous que ferait, cet homme ?

Il renonce à ces objets Il les garde et importe la réalité de 2020


QUESTION N°3



1953 : LE GYROBUS. Les roues de ces autobus étaient entraînées non pas par un moteur thermique autonome, mais par un volant d'inertie, un disque de 1500 kilos en rotation rapide comme une toupie, qui leur permettait de démarrer sans rejeter aucune émission de co2. Pour relancer le volant d'inertie, le chauffeur plaçait l'autobus sous une borne de rechargement à certains arrêts, et un moteur électrique lui redonnait de la vitesse. Non seulement ce système permettait de centraliser la production d'énergie pour les bus (économie d'échelle), mais les bus urbains ne faisant que s'arrêter et redémarrer, ils gaspillent énormément de fuel en démarrant sans cesse depuis l'arrêt total. Le volant d'inertie mettait fin à ce gaspillage. (lien vers wikipedia)

Le gyrobus allait-il dans le sens du bien public ?

OUI NON

QUESTION N°4



Cet excellent documentaire (de Myriam Tonelotto) montre le désarroi de plusieurs scientifiques du monde entier, devant l'abandon des pistes ouvertes en 1966 par le professeur Alvin Weinberg. A Oakridge dans le Tenessee, Weinberg et son équipe avaient fait fonctionner pendant 6000 heures un réacteur nucléaire expérimental à combustible liquide (MSR = Molted Salt Reactor), doté d'un potentiel énorme. Quelques uns de ses point forts : 80% de déchets en moins, et aucun de plus de 200 ans, sécurité passive (pas d'intervention humaine pour l'arrêter), Inexplosibilité (pression interne de 1 bar, au lieu de 150 pour l'EPR), combustible liquide pouvant tirer parti du Thorium (minerai abondant partout dans le monde). Un espoir de progrès immense mais sans suite, le champion du nucléaire européen (Areva) ayant choisi de poursuivre avec l'EPR, une évolution du réacteur à eau pressurisée.

Le réacteur MSR d'Alvin Weinberg allait-il dans le sens du bien public ?

OUI NON

VOS COORDONNEES



Code de sécurité 


 

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TERRORISME (voir article)

Mise à jour du 01/07/2020 - 26 juin 2020, Glasgow (Ecosse) - Un homme armé d'un couteau s'attaque à cinq personnes dans un hôtel accueillant des réfugiés, 5 blessés dont on ne connait pas la gravité - 20 juin 2020, Reading (près de Londres) - Un homme de 25 ans, réfugié lybien attaque au couteau dans la rue : 3 morts, 3 blessés graves. - 25 juin 2020 - 27 mai 2020, Saint Varent - Un homme qui venait d'être déclaré "en inaptitude à tout poste", tue trois de ses collègues d'une balle dans la tête lors d'une réunion, en blesse une quatrième, puis se suicide - 13 mai 2020, Kaboul, attaque terroriste coordonnée de kamikazes pendant 4 heures, 17 morts (Daesh, Talibans, autre ?) - 27 avril 2020, Colombes (France) : Yousseff T. 29 ans tente d'écraser deux policiers. Il a déclaré vouloir 'tuer du flic et finir en martyr' - 20 avril 2020, Portapique (Canada) : un protésiste dentaire tue 23 personnes en Nouvelle Ecosse. Aucun motif exprimé, mais sa clinique venait de fermer à cause du Covid-19 - 4 avril 2020, Roman sur Isère (France). Un réfugié soudannais armé d'un couteau tue 2 personnes, en blesse 4 autres en criant « Allahou Akbar ». Il aurait "ensuite demandé aux policiers qui l’ont interpellé qu’on « le tue » - 27 fev 2020, Orlando (USA) : Un employé licencié revient 10 mois après sur son lieu de travail, tue 5 personnes et se suicide - 24 fév 2020, Volksmarsen (Allemagne) : un jeune homme de 29 ans fonce sur le carnaval avec sa Mercedes, 60 bléssés dont 18 enfants. - 22 Fev. 2020, Hanau, Allemagne : Tobias Rathjen qui à 42 ans vivait chez ses parents, tue 9 personnes dans des bars à chicha - 2 juin 2019 - banlieue de Kassel (Allemagne) - Stephan Ernst 29 ans, sans emploi connu, assassine le préfet Walter Lübcke d'une balle dans la tête - 15 mars 2019 - Christchurch (New Zealand) - Brenton Tarrent, écofasciste d'extrême droite de 28 ans, s'attaque 2 mosquées en se filmant en direct, pour lutter contre "le grand remplacement" : au moins 49 morts -

DESTRUCTIONS D'EMPLOIS

Mise à jour du 01/07/2020 - Fédération Française du Bâtiment (120 000) Airbus (15 000) Nokia (1233) Lufthanza : (22000) Air France : (10 000) Hutchinson (3000) - Renault (15000) - Camailleux (3800) - Rolls Royce (aéro) supprime (9000) - Uber (3500) - Conforama - (2000) - Alinea, dépôt de bilan - (2000) - Presstalis liquide ses filiales : (645) - USA 33 millions de chômeurs en plus depuis le covid-19) - Airbus (2300) - Renault (4000) - General Electric ( (6500) - Société Générale (530) - HSBC (35000) - BNP Paribas (500) - Crédit Mutuel (400) - Carrefour ( 3000) - La Halle (1600) - Conformama (1900) - Ford Blanquefort (872) - DGFIP (2130) - Luxfer (136) Laboratoires Boiron (600) -







Idées pour la refondation

Accumuler l'énergie des courants lents



V. Rey, findutravail.net